Ces Alsaciens, célèbres inconnus : Conrad Kilian, découvreur du pétrole saharien.

Après nos articles consacrés aux vies extraordinaires de ces alsaciens hors du commun que furent Marcel Weinum et Ernest Armand Huss, rendons à présent hommage à l’une des trajectoires les plus inédites qu’il ait été donné de voir : ce fils d’alsacien, Conrad Kilian, n’est rien de moins que le premier français à avoir découvert et alerté sans relâche sur les richesses prodigieuses que recelait le sous-sol du Sahara Algérien, alors territoire souverain de l’Empire colonial Français. C’est au terme de plusieurs périples légendaires, dignes des plus grands films d’espionnage et d’aventure, que Conrad Kilian sera convaincu de la présence massive d’hydrocarbures en Algérie et dans l’est libyen.

Illustration représentant Conrad Kilian en tenue saharienne. Parue dans le N° 107 du magazine Pilote.

Patriote charnel, il dépense dès lors toute sa vie et toute son âme dans un combat dramatiquement ingrat, qui était de mettre à la disposition de la France, les moyens de devenir une véritable puissance pétrolière indépendante, dès à l’avant-guerre. Hélas, on ne trouve aucun hommage strasbourgeois ou alsacien, rendu à cet homme absolument exceptionnel, même s’il faut bien avouer que tout fils d’une famille d’alsaciens qu’il est (forgés du modèle alors très symbolique de l’Ecole Alsacienne de Paris entre 1870 et 1918), Conrad n’a jamais eu l’occasion de passer beaucoup, voire pas du tout de temps en Alsace. Mort le 29 Avril 1950 dans des circonstances mystérieuses, alors que ses découvertes dans le Sahara lui avaient valu des années de traque et de paranoïa infernale, il s’agit aussi de célébrer l’anniversaire de sa mort par « suicide », acte qui, connaissant le caractère extraordinairement optimiste et déterminé de Kilian, ne pouvait qu’être qu’un très mauvais maquillage, masquant des intérêts bien trop puissants et réalistes, pour cet esprit libre, aventurier et toutefois brillamment scientifique.

Le texte qui suit est extrait des trois premiers chapitres du livre à paraître en ligne en juin 2012 : « Guerres et pétroles d’Algérie ».

 

« Alors que la guerre d’Algérie, au plus fort de ses combats entre 1954 et 1962, se déroule principalement sur le front nord dans les campagnes, aux frontières, dans les maquis et dans les zones urbanisées de la côte, c’est en réalité dans le sud désertique qu’il faut concentrer son attention, pour l’affaire qui nous occupe, si l’on considère les aspects pétroliers comme essentiels dans la nature des enjeux algériens.

Remontons donc au début des années 20, avec l’ouvrage « Au Hoggar, mission de 1922 ». C’est dans ce récit de voyage retraçant la toute première des nombreuses et romanesques expéditions du fameux aventurier français d’origine alsacienne Conrad Killian, que ce dernier y affirme avoir découvert cette année-là dans le Hoggar, des schistes à graptolites. De quoi s’agit-il ?

Son père, le très réputé géologue Wilfrid Killian, professeur grenoblois émérite originaire de Schiltigheim en Alsace (Jacob, 1927), lui a expressément demandé d’en rapporter du désert. Pourquoi ? Parce que la présence de ces pierres signifierait potentiellement l’existence de matières organiques à l’origine de la formation de pétrole ! Conrad Kilian donc, issu d’une famille d’érudits, enfant à l’esprit précoce, aventurier à la vie incroyable, par ailleurs géologue de génie et surtout doté d’un instinct scientifique rare, joue un rôle premier dans l’histoire française du pétrole saharien, puisque c’est à lui que l’on attribue incontestablement l’origine des premières découvertes, notamment dans le sud-est Algérien, mais aussi dans l’ouest du Fezzan voisin. Il est donc le premier, dès son rapport de1922, à établir la possibilité de la présence d’hydrocarbures dans le sud-est des territoires sahariens de l’Algérie française, ceci alors qu’il n’a que son baccalauréat en poche et n’a pas même encore fini ses études de géologie ! Né en 1898, il n’a alors que 23 ans.

Plaque commémorative en la mémoire du « géologue des Alpes », le réputé professeur Wilfrid Kilian, père de Conrad, alsacien originaire de Schiltigheim. Photographie prise à Saint Martin le Vinoux (Rhône-Alpes).

 

Et c’était déjà en 1919, à 21 ans et au retour de la guerre, que Conrad aura cette phrase incroyablement visionnaire : « Je vois dormir des milliards de barils de pétrole dans le vêtement de sable du désert. » (Extrait de Decaux, 1980).

 

Légende : « Conrad Kilian, « explorateur souverain »et son écuyer-banneret El-Bashir, lors de la réception offerte à Ouargla en l’honneur du gouverneur général. » (Extrait de Boissonnade, 1982) El-Bashir était le fils d’un caïd rencontré par Killian, et auquel il avait été confié afin qu’il soit en quelque sorte « formé »à la grande aventure par le géologue-explorateur. Au cours de ses pérégrinations lors de la mission avortée de 1922, Kilian rencontrera aussi de très belles « amantes » du désert, qu’il séduit par son caractère noble et hors du commun. Sur Antenne 2 en 1980, Alain Decaux fera un très beau récit de la vie de Conrad Kilian. Cette vidéo est encore disponible sur le site internet de l’INA, www.ina.fr.

 

Âme passionnée et esthète, authentique patriote, gentleman tombeur de femmes magnifiques dans les salons parisiens comme dans les Oasis du Sahara, mais toutefois éperdument épris de sa fiancée qu’il n’épousera jamais. Personnalité parfois jugée « arrogante » mais droite et généreuse, amateur de vestiges archéologiques, chasseur de trésors mythiques ou géologue envoyé gouvernemental officiel pour le repérage des zones non délimitées aux confins de l’Algérie française et de la Lybie italienne, Kilian a parcouru une grande partie du Sahara central en pas moins de cinq expéditions dignes des plus fameux romans d’aventuriers de la belle époque. Mais ce qui distingue avant tout Kilian, c’est sa maitrise presque innée de la géologie.

L’ethnologue Jean Malory dira de lui : « Génie exceptionnel, puissance intuitive unique » (Malory, cité par Decaux, 1980). Plus tard, ses découvertes et ses travaux allaient lui valoir « d’engager sa vie entière, […] et sa mort » (Decaux, Conrad Kilian, prophéte du pétrole., 1980). En effet, dès la fin des années 1930 : de retour de sa 3e expédition de 1938, il retrouve son appartement mis à sac à Paris, rue du Bac. Par miracle, il retrouve intacts ses documents et ses cartes d’expéditions passées et justement, l’une d’entre elles, consignée « Coffres forts du désert », émane précisément de l’expédition de 1922.

1922, La Mission Hürtreger.

Effectivement, cette première expédition dans laquelle se lance Kilian est en réalité une « chasse au trésor » dans le Sahara central pour le compte d’un riche colon suisse du nom d’Eugen Hürtreger, convaincu de la présence de richesses prodigieuses, des montagnes d’émeraudes, celles des Garamantes, peuple libyco-berbère antique que Kilian a étudié à fond au court son adolescence au travers des récits d’Hérodote. Hürtreger, nabab suisse installé en Algérie a également lu Hérodote et tient mordicus à mettre la main sur ces monceaux d’émeraudes (Monod, 1974). Il avait vu juste, il y avait bien un trésor enfoui dans ces régions, se trompant simplement sur la nature du magot ! Par ailleurs, c’est en réalité à l’instigation du père de Kilian et de son ami le doyen de l’Université de Lyon, soucieux de donner de l’occupation sérieuse au livresque et impétueux Conrad, que le grand bourgeois Eugen Hürtreger fera appel à lui. Le fougueux et tout juste fiancé Kilian n’aura pas un instant d’hésitation. Il n’a que 23 ans quand se lance à l’inconnu dans les déserts d’Afrique.

Ajoutons que le riche helvète avait également cru pouvoir récupérer le célèbre trésor perdu de la « mission Flatters », elle aussi partie sur les traces des Garamantes à la fin du XIXe siècle, et dont bien des membres, alors supposément chargés de fabuleux trésors, périrent massacrés sur le chemin du retour dans une embuscade tendue par des tribus locales le 4 décembre 1880 au lieu-dit « Tadjenout tan Koufar » (Puits des mécréants).

L’expédition de 1922, hormis les guides, sera donc constituée de Kilian et d’un adjudant des compagnies sahariennes, l’adjudant Lacroix, personnage tonitruant et emporté, amateur de puissantes liqueurs, au caractère digne d’un Capitaine Haddock des albums d’Hergé. Ils partent donc de Touggourt, oasis à la limite nord du Sahara algérien puis vont sur Ouargla pour descendre le Grand Erg Oriental par le Gassi Touil, jusqu’aux environs de Temassinine (voir carte, page 8). Lacroix, chef de l’expédition, était concentré sur l’objectif des émeraudes garamantiques, alors que Conrad Kilian, indiscipliné et incorrigible curieux, s’arrêtait sur à peu près à toutes les occasions de satisfaire sa soif de culture et de découvertes géologiques en tous genres, ce qui aura pour effet de nuire très sérieusement aux relations avec l’adjudant Lacroix, esprit non scientifique, qui n’a d’intérêt que pour l’objet de la mission. Conrad explore ainsi de très nombreuses grottes, possibles lieux de résidence des peuples antiques. Il y découvrira de remarquables peintures rupestres datant de la haute antiquité.

L’intérêt trop exclusif de Kilian pour ces merveilles archéologiques, tout comme sa propension à ramasser des « cailloux » excède l’adjudant au point qu’un jour, les deux hommes en viennent presque à s’entre-tuer. Il faut dire qu’ils sont alors en plein Sahara central, certes pas dans les régions les plus extrêmes mais tout de même dans des conditions climatiques particulièrement dures et sont de plus accompagnés d’une fille de joie du nom de « Florence », ramenée de Paris par Lacroix ! Acte dont on comprend mal la logique, mais qui nous fait saisir le côté rocambolesque de la mission.

Faute de découverte probante à ses yeux, Lacroix et sa compagne décident de fausser compagnie à l’encombrant géologue, qu’ils larguent seul dans le désert. Après les avoir rattrapés, Kilian surgit et revolver au poing, réclame des victuailles et un guide, avant de quitter Lacroix et Florence qui, parfaits ignorants en matière de géologie, sont incapables de découvrir quelque trésor que ce soit (Decaux, 1980).Il part alors à l’inconnu à travers l’Ajjer, et descend jusqu’aux parties Nord du Hoggar. Il aura eu tout le loisir lors de cette échappée en solitaire, de prendre des notes, des relevés et des échantillons supplémentaires. Cruciaux pour la suite !

Le but de l’expédition Hürtreger ne fut pas atteint : ni Lacroix, ni Kilian ne trouveront la moindre émeraude. En réalité, l’expédition de 1922 avait évolué entre Grand Erg et Immidir avant de faire une boucle au sud et de remonter sur Ouargla. Cinq and plus tard, au cours de sa 3e expédition de 1927 et 1928 à travers le Ténéré-Tafassasset et en remontant aux confins ouest du Fezzan, Kilian se rendra compte que la mission de 1922 avait emprunté de mauvaises routes. En traversant le Ténéré et en remontant aux confins sud-ouest du Fezzan, il retrouvera les traces fossilisées des sillons des chars et des sabots des chevaux des Garamantes.

On ignore ce qu’a pu devenir le riche Hürtreger, mais on peut se dire que celui-ci est passé à côté d’une richesse immensément plus précieuse que les monceaux d’émeraudes des peuples antiques, d’autant plus qu’il était déjà alors un grand propriétaire terrien en Algérie. Si seulement il avait lu et considéré les travaux de Kilian, à commencer par son récit de voyage « Au Hoggar, mission de 1922 », dans lequel le jeune géologue de retour à Paris, affirme avant tout le monde qu’il a la certitude que les sous-sols du Tassili et du Grand Erg, et du Sahara central, au vu de la présence des micro-organismes qu’il a repérés, renferment gaz et pétroles.

    Du Ténéré au Fezzan, en passant par les monts Doumergue.

Après l’expédition de 1922, on retrouve Kilian en 1925, entre temps diplômé et même décoré de distinctions universitaires. Cette année-là, en septembre, son père le professeur Wilfrid Kilian décède des suites d’une vielle maladie. Quelques mois plus tard, en avril 1926, Kilian fils est diligenté en Algérie pour sa seconde expédition sur mandat du ministère des colonies, avec pour mission de repérer les frontières du Touareg Tebou, à travers le Ténéré du Tafassasset (voir carte, page 8), région qui était alors jusque-là inconnue des cartographes français et redoutée de presque tous, occidentaux comme africains.

Au cours de cette seconde expédition, cette fois-ci « officielle » et scientifique, il y rencontrera et s’y liera à de nombreux personnages et peuples du désert, dont Aïcha, « reine » des Ouled-Nahil, qu’il séduit, mais aussi son écuyer-banneret El-Bashir, fils d’un Caïd impressionné par le charisme et la noblesse du jeune Kilian. Cette première partie de l’expédition mènera sa caravane de décembre 1926 à avril 1927 à travers le Hoggar, jusqu’à In Azaoua : il y rejoint le camp de l’Amenokal Akhamouk Ag Ihemma. Il part cette fois-ci pour affronter du sud vers le nord, le terrible désert du Ténéré (Sahara Nord-Nigérien, extrême sud-est algérien), chose qu’aucun occidental n’a fait jusque-là, « même les Touaregs, même les habitants de ces régions ne le font pas ». (Decaux, 1980) Il rejoint le puits d’El Afeleleh, qu’il découvre bouché. Il trouve son salut et celui de ses hommes en prélevant l’eau du ventre d’une chamelle, en prenant soin de faire bouillir le produit, hautement toxique à l’état cru. Sauvé, il repart et parvient à Djanet au courant de l’année 1928 : Il a traversé tout le nord du Ténéré, depuis le sud jusqu’au nord. Revenu à Tamanrasset quelques temps après, il ne tarde pas à former une nouvelle équipe pour se relancer à l’assaut du Ténéré, cette fois-ci d’ouest en Est ! Toujours accompagné de son dévoué El-Bashir.

 

Conrad Killian (au centre) et l’Ecuyer-Banneret El-Bashir (en haut) à Touggourt, Décembre 1923. (Boissonnade, 1982)

 

Il repart en Février 1928 depuis Tamanrasset et s’enfonce jusqu’à Djado et Chirfa, dans le Kaouar (nord de l’actuel Niger), puis remonte sur Toumo, à l’actuelle frontière nigéro- libyenne. De là, il longe une petite chaine de basses collines jusque-là inconnues, qui constitueront en fait la limite transversale entre Algérie, Niger et Fezzan libyen. Arrivé dans le petit triangle de l’extrême sud-est algérien, il y découvre, entre In-Ezzan et Madama, des traces de chars laissées là par les antiques Garamantes ! Comble de l’ironie, il venait donc de trouver l’emplacement de l’ancien royaume Garamante et y déniche même une émeraude travaillée. La zone que Kilian vient de découvrir se situe aux confins du sud-est de l’Algérie actuelle, zone aux frontières alors très mal définies avec le sud-ouest de la Libye italienne. Pourtant, une petite chaine de collines semble séparer les frontières de l’Algérie et du Niger, avec celles de Libye.

Ce sera fait, et sur ces monts, qui s’élèvent entre Toumo et Ghât, il va y planter le drapeau Français : c’est en sa qualité de mandaté officiel, « d’explorateur souverain », qu’il prend possession de ces régions au nom de l’Empire et de la France, au printemps 1928. Il nomme ses collines « Monts Doumergue », en l’honneur du président de la république de l’époque. Il se dirige ensuite vers la ville de Ghât, la mystique « porte du désert », où il rencontre l’Amenokal Boubaker, régnant alors sur ce territoire des Touareg des Ajjers. Comme aux confins de l’extrême-nord nigérien (c’est-à-dire le Ténéré central), les environs de Ghât, entre l’Ajjer libyen et le Tassili N’Ajjer algérien sont étroitement liés, d’abord par les tribus qui s’y agitent, entre Djanet, Tin Akoum, Ghât et Mourzouk, sans compter l’influence des Senoussi de Cyrénaïque à cette époque, confrérie par ailleurs d’origine algérienne « et d’ascendance politique libyenne, soudanaise et même yéménite » (Mahmoud, 1949). Ils sont installés dans le Fezzan depuis 1895, qu’ils agitent contre le Turc.

    Dans la tourmente du Fezzan libyen.

Ces confins algéro-libyens sont aussi liés, de par les luttes territoriales des diverses puissances coloniales ou d’influence successives, entre turcs et français, italiens et français, puis plus tard français, britanniques et américains, comme nous allons le voir dans les prochains chapitres. Les liens seront alors rapportés aux appétits privés ou publics pour les hydrocarbures qui se trouvent en quantités prodigieuses, là, dans le sous-sol, tout le long de cette frontière, et mis en exploitation dès les années 1955-1956. Mais dans les années 1920, qui peut bien en avoir idée, à part l’avant-gardiste Kilian ?

Ghât, où Kilian arrive au début de l’année 1929, est cette cité qui fera l’objet plus tard dans les années 1950, de la rivalité entre les prétendants à la gouvernance du Fezzan. Non loin de là, à l’est, se trouve la ville de Mourzouk, où le sultan souhaite mener une révolte contre l’occupant italien, et propose à Kilian de mener ses guerriers et même de le faire seigneur de la cité, un rôle qui pourrait tout à fait convenir à cette âme authentiquement noble. Ce dernier refuse. Le Fezzan restait tout de même sous l’autorité souveraine italienne, pays voisin de la France et dont un certain Pierre Laval cherchera bientôt l’alliance. Mais effectivement, Kilian a certainement du remarquer à quel point ces confins libyens étaient mal défendus par les troupes coloniales de Rome.

Le Fezzan libyen était une région en proie à de grands troubles, depuis bien longtemps. Les turcs eurent énormément de peine à sécuriser cette zone désertique qu’ils investissent en 1577. Après les désordres à Tripoli et la décadence des régents de la dynastie Karamanli en 1835, la Sublime Porte reprend la gouvernance directe de la région, en passe de devenir anarchique. L’intérieur du pays, notamment le Fezzan, est déjà le théâtre de soulèvements indigènes, que les armées turques doivent réprimer sans relâche jusqu’à la fin du XIXe siècle (Burgat & Laronde, 2003). Hélas pour eux, la confrérie Sénousite, dangereuse déstabilisatrice du pouvoir central turc, s’installe à Koufra (sud-est libyen) à partir de 1895 et étend son influence de Cyrénaïque jusqu’au Fezzan à l’ouest.

Ainsi, les turcs s’installent à Ghât à peine en 1905 ! Ils s’accrochent déjà avec les méharistes et les troupes françaises du Désert, stationnées entre autres à Djanet, tout juste de l’autre côté de la frontière (Frémeaux, 2010). Même Djanet est l’objet de la lutte entre turcs et français au début du XXe siècle, ces derniers s’arrogeant définitivement la ville à l’issue de la guerre entre italiens et ottomans. Les italiens, déjà doublés jadis par les français en Tunisie, évincent définitivement les turcs après le Traité d’Ouchy, le 17 octobre 1912 et à partir du 5 novembre 1911, débute l’annexion de la Régence de Tripoli par le Royaume d’Italie.

Les italiens s’installent à Ghât dans la seconde partie de l’année 1914 et pourront rapidement mesurer le niveau d’insécurité qui règne dans la région : ils sont très vite contraints, dès novembre 1914, de demander l’autorisation de repli chez les français stationnés de l’autre côté de la frontière à Déhibat et à Fort-Pervinquières (Tunisie). Ils ne retourneront à Ghât qu’en 1930 ! C’est-à-dire tout juste après le passage de Kilian, qui a donc pu constater que les tribus locales saisissent toute occasion pour se « libérer » des italiens et que ces derniers ne disposent donc que d’une très faible assise, ne serait-ce que militaire, sur ces régions. Plus encore, si les italiens défirent facilement les turcs en 1911, la reprise des territoires libyens est rendue difficile, dès le début de la colonisation. La Tripolitaine côtière est sous bon contrôle, il n’en va pas de même pour le reste du pays, particulièrement le Fezzan en proie à des soulèvements indigènes massifs et réguliers. Les turcs, évacuant lentement, continuent autant qu’ils peuvent de déstabiliser le pouvoir italien depuis la Cyrénaïque, mais quittent définitivement le pays à l’issue de la première guerre mondiale. N’oublions pas non plus la présence de nombreux officiers allemands en Libye à cette époque, spécialement à partir de 1916. Ils partiront également à l’issue du 1e conflit mondial.

Kilian quant à lui, reprend placidement la route du Nord et au printemps 1929, rejoint enfin Ouargla où il arrive en authentique caïd du désert (il vient d’y passer près de 3 années), fort de sa légendaire mais attendrissante arrogance : il exige en guise d’accueil officiel, de passer en revue les troupes françaises stationnées dans la ville, mais aussi que l’on tire 21 coups de canon en son honneur (Decaux, 1980), en vain. Le gouverneur général de l’époque, Pierre Borgues rencontre alors pour la première fois ce personnage incroyable et hors du temps. Peu de temps après cette arrivée tonitruante et vécue avec exaspération par les officiers présents, Kilian repart, puis retourne enfin au monde « civilisé », à Alger en juin 1929 où il sera officiellement reçu au Palais du gouverneur général Borgues, qui bonhomme, lui fera part de ses sincères félicitations.

Conrad Kilian, croquis extrait de (Decaux, Conrad Kilian prophète du désert, réalisé par Jean-Charles Dudrume, diffusé sur Antenne 2 le 26 mars 1980, 59min14s., 1980).

Il revient donc à Paris en 1930, largement désargenté car ayant subventionné ces expéditions à ses propres frais, bien qu’il ait été mandaté officiel par le gouvernement. Mais quid alors, du pétrole, des recherches, des relevés ? Comme on s’en doute, Kilian, géologue d’instinct et de génie, n’a pas manqué d’étudier avec précision toutes les régions qu’il a traversé, et surtout le Fezzan, toutes les régions du Grand Erg oriental, au Tinr’Ert, à l’Ajjer. Il dispose d’une somme d’observations qui ne peuvent laisser aucun doute au géologue. Le sous-sol du Sahara algérien et libyen qu’il a exploré, et bien au-delà, recèle des hydrocarbures en quantités formidables, du moins faut-il tout faire pour entamer des prospections d’envergure considérable, afin d’enfin développer une industrie pétrolière française puissante et indépendante.

 


Le journaliste Euloge Boissonnade sera l’un des rares auteurs avec Pierre Fontaine, à se pencher sur la trajectoire fantastique et mystérieuse de Kilian. Une bibliographie complète de tous les auteurs ayant traité de Kilian est disponible à l’adresse internet indiquée en bas de page. Pierre Fontaine est quant à lui une référence incontournable en ce qui concerne les enjeux pétroliers du Sahara depuis l’après-guerre à la guerre froide. Il est auteur d’une impressionnante littérature à ce sujet.

 

    Algérie Française et Libye italienne.

Les années 1930 sont passionnantes à étudier à tous points de vue, et elles le sont tout autant d’un point de vue des questions qui intéressent cette étude. Kilian, revenu du désert, a pu observer à quel point l’Italie fasciste avait peu d’influence sur le Fezzan, et étaient en difficulté depuis 1914, particulièrement dans l’extrême sud-ouest de cette région. La gestion coloniale italienne en Libye a connu de curieuses constructions juridictionnelles qui tiennent toutefois compte du caractère éclaté de ce vaste territoire, avec une République autonome de Tripolitaine après une loi de Juin 1919, puis un Emirat de Cyrénaïque reconnu après une loi de 1920. Les années 1920-1922 seront alors particulièrement troubles, mais les italiens y aboutirent en ayant acquis un pouvoir souverain sur l’armée, la diplomatie et l’appareil judiciaire des deux provinces « autonomes ». Quant au Fezzan, son sort juridique était flou, un peu comme l’aura longtemps été le Sahara français. Il restera constamment une zone sous administration militaire directe.

De fait, les frontières entre Fezzan et sud-est algérien ont longtemps été caractérisées par ces facteurs d’insécurité, d’éloignement et de climat extrême, spécialement aux environs des « trois frontières », celles que Kilian délimitera par les Monts Doumergue. Les relations italo-libyennes tournent alors au vinaigre, dès le début de l’aventure coloniale et les italiens font débarquer de nombreuses troupes pour conquérir et mettre au pas le pays, ou plutôt les trois parties de cette nouvelle « Libye », dont l’appellation a été reprise de l’antiquité romaine par les colons italiens. L’arrivée de Mussolini au pouvoir le 31 octobre 1922 va se traduire par un volontarisme colonial pour le moins vigoureux : il lance plusieurs opérations militaires aux succès relatifs, mais qui stabilisent tout de même l’assise italienne en Cyrénaïque et en Tripolitaine dans les années 1920, le Fezzan désertique et non cartographié dans ses confins restant peu fréquenté des troupes italiennes. Les années 1930 verront un regain d’intérêt naître pour le Fezzan chez les italiens, qui parviennent enfin à le contrôler peu ou prou, après les opérations du général Graziani de 1930 à 1931.

Hélas pour l’Italie fasciste, à peine ont-ils acquis un peu de contrôle sur le Fezzan riche d’hydrocarbures alors insoupçonnées par les italiens, que des troubles éclatent en Cyrénaïque dès 1931, entretenus par le Cheikh Omar Al Mokhtar. Troubles qui tournent rapidement en une guérilla terrible pour les troupes italiennes. La réponse de ces derniers sera à la hauteur de l’affront : une grande partie de la frontière avec l’Egypte est bouclée au barbelé, les italiens érigent une dizaine de camps de concentration et y envoient près de la moitié de la population locale. Ces cruelles et implacables mises aux pas assurent aux italiens des années 1930 relativement calmes, mais cette colonie italienne, sans saveur, sans grande pertinence, peine dans ses débuts à attirer des émigrés d’Italie, alors que le but de la conquête était justement l’établissement d’une colonie de peuplement, à l’image de l’Algérie Française. En revanche, les vastes concessions foncières accordées par le gouvernement italien attirent de nombreux intérêts financiers privés (Burgat & Laronde, 2003).

Malgré un début poussif et des années sanglantes, le développement de la Libye coloniale par les italiens est absolument fulgurant depuis 1914 jusqu’aux années 1930. La colonie est rapidement dotée d’une très grande quantité d’infrastructures modernes, de constructions, de réseaux de communication, ainsi que d’une gouvernance et d’un système politique établi, du moins dans de nombreuses villes de la côte, car ce ne sont jamais que les régions du Nord de la tripolitaine et de la Cyrénaïque que les italiens contrôlent effectivement, les autres parties plus excentrées et isolées de la colonie étant ponctuellement en proie à une grande instabilité.

Sur la côte, les chercheurs redécouvrent les splendides vestiges de l’Empire Romain et les autorités trouvent là un cinglant argument de leur légitimité sur la colonie. La colonisation s’opère finalement avec un certain succès et les italiens affluent sur l’autre rive de la méditerranée, principalement autour de Benghazi ou de Tripoli. Ils seront environ 230000 en Tripolitaine et 143000 en Cyrénaïque au début des années 1940. En 1939, Tripoli compte 37% d’italiens sur sa population totale. Toute la côte libyenne est alors un singulier miroir de l’Algérie française voisine et bien que dirigé sous un régime fasciste et malgré la domination parfois dure, en tout cas inégalitaire et injuste des colons, le gouverneur général Italo Balbo aura accompli une œuvre considérable dans la colonie, qui lui doit notamment toutes les infrastructures, le développement de l’installation des émigrés, la sédentarisation des locaux, la création de villages pour italiens mais aussi de villages pour musulmans, inédite et curieuse expérience d’assimilation par création de a à z de villages pour autochtones, avec Mosquée, installations sportives, hospitalières et cinéma !

Carte du Fezzan avec les appellations d’origine turques, date inconnue (Extrait de Soupene, 2001)

 

Quant au Fezzan, il est la seule partie de la colonie exclusivement soumise à l’administration du commandement militaire du territoire. Là aussi, le Sahara libyen est un miroir du Sahara algérien, qui lui aussi a longtemps fait l’objet d’un grand flou juridictionnel et était déjà du temps de la Régence d’Alger, une zone indépendante de tout pouvoir extérieur. Toutefois, les français explorent, conquièrent et délimitent plus ou moins le territoire du Sahara algérien depuis les expéditions de René Caillé en 1828, suivies de celles de Duveyrier en 1857, de Flatters en 1880 et enfin du lieutenant Georges Lohan qui en 1902 permet enfin l’établissement des Territoires du Sud. Il ne s’agissait évidemment pas de situations tout à fait similaires.

    Premiers renoncements.

Reparlons-en, du Fezzan : le 4 janvier 1935, le socialiste Pierre Laval, ministre des affaires étrangères sous le gouvernement du même nom (Laval IV), se rend à Rome pour y rencontrer le président du conseil italien Benito Mussolini. Cherchant à obtenir à terme une alliance militaire avec l’Italie fasciste face à l’Allemagne dirigée par le chancelier Hitler depuis 1933. Le socialiste Laval propose donc un accord (accords Laval-Mussolini) qui entre autres concessions sur Djibouti et l’Ethiopie Chrétienne, accordait aux italiens la fameuse « bande d’Aouzou », longue bande- frontière du Tchad français et de la Libye italienne. Cette faiblesse des politiciens français inquiète terriblement Kilian, qui dès cette période se montrera extrêmement actif pour faire entendre aux autorités compétentes la nécessité de développer la recherche au Sahara et surtout de sécuriser les abords occidentaux du Fezzan par ailleurs mal définis et mal défendus, qu’il sait gorgés de pétrole et de gaz. Il commence alors à courir les cabinets ministériels, les bureaux divers mais il ne trouve curieusement personne pour l’écouter à ce sujet.

Las, malgré une entrevue avec le président de la république Doumergue, à qui il avait dédié un mont à la frontière algéro-libyenne, Kilian n’est guère écouté et se heurte à une classe politique particulièrement pleutre, en tout cas étrangement faible et peu ambitieuse alors que justement, l’avant-guerre est une période décisive pour l’accaparation des concessions pétrolières. Il sera tout de même fait chevalier de la légion d’honneur le 30 janvier 1939.

Comment est-ce possible, ce dédain, au-delà du caractère quelque peu hautain de Kilian ? N’y a-t-il donc pas déjà en France, dès les années 1920 et bien avant cela, des cadres formés, compétents, attentifs aux questions pétrolières ? Bien sûr que oui, et les alsaciens savent mieux que quiconque que l’histoire du pétrole en France remonte à la fin du XVIIIe siècle, avec le puits de Pechelbronn, exploité depuis 1745. Depuis la fin du XIXe siècle, au moins deux générations de scientifiques, de technocrates, de politiciens, d’industriels se sont en partie liés aux affaires pétrolières, dont le monopole des grandes compagnies telles la Standard Oil ou la Royal Dutch Company était déjà extrêmement réputé au début du XXe siècle.

Dans les années 1920, de nombreuses puissances européennes, notamment françaises, anglaises et italiennes, avaient créé des entreprises, pour la plupart d’initiative publique (mais pas forcément sous contrôle de l’Etat), alors que les tout-puissants intérêts privés américains et anglo-hollandais entamaient leur cycle de domination mondiale dans le domaine pétrolier jusque dans les années 1970. Néanmoins, la lutte pour le pétrole dans les années 1920 et jusqu’à l’après-guerre, se joue principalement au Moyen-Orient. Avant-guerre, les britanniques dominaient largement en Irak et en Perse, tandis que les américains de la Standard Oil of California s’implantaient en mai 1933 en Arabie Séoudite, qui allait devenir pour longtemps leur partenaire indispensable en matière d’approvisionnement.

Jules Mény (1890-1945), figure pionnière de l’industrie pétrolière nationale, premier président-directeur-général de la Compagnie Française des Pétroles en 1928, ancien de Polytechnique, sorti Major de promotion en 1912. Après avoir combattu dans l’aviation durant la 1e guerre mondiale, il est codirecteur de la compagnie pétrolière roumaine Stenaua Romana, de capitaux franco-anglais en 1920. En huit ans d’activité, il comprend la gestion particulière que réclame une compagnie pétrolière, dans le monde qui vient. Sa compagnie ravitaille l’Italie, l’Angleterre, la Hongrie, l’Autiche, l’Allemagne et le Proche-Orient. Après un voyage aux Etats-Unis, il s’y perfectionne encore davantage et y envoie régulièrement ses ingénieurs. Par ailleurs, bien que qu’originaire de modeste petite bourgeoisie parisienne, Mény a reçu une éducation soutenue et appris l’anglais dès son enfance.

Capitaine d’industrie remarquable à 37 ans, il est appelé en 1928 par Poincaré, pour prendre la direction de la CFP, crée par Ernest Mercier. Il sera alors l’un des artisans de l’exploitation industrielle française notamment avec les raffineries de Mède et de Gonfreville, mais aussi des canalisations à Kirkouk (Irak). La France importe alors près de 40% de son pétrole depuis l’Irak. Réengagé en 1939 comme Colonel d’aviation mais commis à la direction des fabrications du ministère de l’Air, de retour de la défaite, il est nommé Directeur du Comité d’organisation des combustibles liquides en 1940, il se constitue prisonnier auprès de la Gestapo en 1943 alors que les services allemands viennent d’opérer une rafle de hauts fonctionnaires. Mény avait fait transféré les actifs de la CFP, (notamment ceux de la Deutsche Bank, subtilisés aux allemands en 1920) aux Etats-Unis afin d’éviter qu’ils ne soient saisis par les allemands. Il décède en déportation entre Dachau et Buchenwald, après plusieurs tentatives d’évasion. Officier de la Légion d’Honneur. Décoré à titre posthume de la médaille de la Résistance. (Majorelle, 1948). (C) Photo Collections Ecole polytechnique.

 

    La politique pétrolière française d’avant-guerre.

Quelle était la situation française ? L’après-guerre et les accords de San Remo avaient largement mis à bas toute ambition ottomane et prusso-allemande, mais le Moyen-Orient était déjà depuis les années 1900, sous influence grandissante d’abord de la diplomatie britannique, mais aussi des intérêts pétroliers privés voire publics-privés anglo-hollandais. Le partage de l’Empire Ottoman s’opère d’abord au travers des accords Sykes-Picot du 16 mai 1916, au terme desquels les britanniques raviront logiquement aux français les protectorats les plus prometteurs de la sous-région notamment en Perse et en Irak, tandis qu’à la France échoit le protectorat du Liban et de la Cilicie, ainsi que de la très belle Syrie, toutefois quasiment dépourvue de réserves d’hydrocarbures d’envergure, hormis pour la région de Mossoul (actuel nord-est de l’Irak) où se trouvent des concessions pétrolières considérables, mais que les efforts de Sir Edward Grey parviennent, comble du comble, à faire conserver à l’exclusivité des britanniques, alors que Mossoul est théoriquement sous mandat français.

C’est à la suite des accords de San Remo en avril 1920, que la France crée la Compagnie française des pétroles (C.F.P.), quatre ans plus tard. Georges Clemenceau, sur conseil de Sir Henry Deterding (Lajeunesse, 1948), président de la Royal Dutch, avait tout de même obtenu une risible, mais nécessaire compensation en se faisant attribuer 23,75 % du capital de la TPC, c’est-à-dire les anciennes parts de la Deutsche Bank dans le capital de la Turkish Petroleum Company, compagnie sous influence des britanniques et du négociateur Gulbenkian pour l’exploitation en Irak dès 1912. Ces derniers avaient unilatéralement saisis la T.P.C dès l’entrée en guerre, au détriment des français qui y détenaient alors déjà des parts ! Au détriment également, des italiens, qui seront progressivement exclus ou mis en minorité complète au Moyen-Orient. Quant à la région de Mossoul, théoriquement sous influence français depuis 1916, ce sont les britanniques qui l’administrent dans les faits et qui finalement se l’arrogent au détriment des français et des turcs, et sont en outre confortés en cela par un délibéré de la Société des Nations (S.D.N.) en 1925.

De même, l’accord de la Ligne Rouge, ratifié le 31 juillet 1928 entre les différents associés de la Turkish Petroleum consacre l’arrivée des intérêts américains dans les protectorats britanniques d’Orient. Les intérêts privés américains, longtemps contenus par les anglais, parviendront progressivement à amalgamer leurs intérêts avec ceux des britanniques et ils prendront ainsi un pouvoir grandissant sur ces régions, et ce d’autant plus que ces privés américains seront de plus en plus « soutenus » par Washington, malgré la lutte qui oppose longtemps le lobby pétrolier au gouvernement (Sherman Act, loi antitrust de juillet 1890) , dans le sens où là aussi, dès l’après-guerre, certains franges du gouvernement, des parlements et de l’appareil militaire sont également amalgamés, parfois, avec les intérêts privés industriels et pétroliers, malgré l’apparent démantèlement des gros trusts américains en 1911.

Ainsi, n’est-il pas évident au vu du rapport de force dans les années 1920, que la France doit à tout prix sortir de cette situation de minoritaire et de laissée-pour-compte, relativement au pétrole du Moyen-Orient ? La solution se trouve là, dans le Sahara français, dans le Fezzan occidental italien. Le temps presse et Kilian, avec très peu de soutiens, arpente les cabinets et les sous-secrétariats pour pousser les politiques. Personne ne fait réellement attention à lui, du moins en apparence. De toute façon, comme on s’en doute, à l’orée de l’entrée en guerre, les gouvernementaux français regardent plutôt à l’Est, qu’au Sud. Hélas, les pétroliers français préfèrent s’intéresser au pétrole d’orient, sud-américain ou roumain. Et pourtant, encore puissance mondiale de premier ordre en 1918, la France se soit d’être dotée d’une indépendance énergétique dans le monde qui vient, ainsi de Clémenceau, clairvoyant en 1917, dans un câble au président Wilson :

« Si les Alliés ne veulent pas perdre la guerre, il faut que la France combattante, à l’heure du suprême choc germanique, possède l’essence aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain ».

Il s’agissait surement d’une allusion à « l’égoïsme » des anglo-saxons en Orient. La même année avait été décrété le monopole d’Etat sur les importations de pétrole et la constitution du Commissariat général aux essences et combustibles. Et nous allons le voir, les années 1920 et 1930 comptent nombre de cadres, d’ingénieurs, de technocrates, souvent polytechniciens, qui sont déjà très efficaces et expérimentés dans la gestion des affaires pétrolières. Certains d’entre eux, comme Mercier, sont des cadres particulièrement « modernistes » et ambitieux. Ne voient-ils pas les évidences que présente Kilian ?

N’y aurait-t-il donc que Kilian qui ait perçu le potentiel saharien, après tous ses écrits, ses rapports, ses entrevues, ses gesticulations. Personne de sérieux et de fin dans le pétrole en France à cette époque ?

 

La dernière expédition de 1942, début de la lutte entre alliés pour le contrôle du Fezzan.

En Septembre 1939, la guerre ayant éclaté, Killian interrompt ses expéditions pour monter au front et servir la Patrie pour la seconde fois. Il combat comme lieutenant d’artillerie, défend vaillament un village de Normandie puis est fait prisonnier.

Revenu de captivité, Conrad Kilian est nommé géologue chargé de mission à la Défense Nationale puis mandaté à la Faculté de géologie d’Alger en 1942. De là, il aura tout le loisir de repartir explorer les tréfonds sahariens. Il est envoyé en mission par le Général Testard alors en poste à Alger, qu’il quitte en Janvier 1943. A la lecture du récit de cette expédition capitale, l’on comprendra que le Sahara de 1943 n’a déjà plus rien à voir avec le Sahara des années 1920-1930 que Kilian traversait placidement et y découvrait des zones encore vierges. Lui-même est en mauvaise condition physique au départ de cette dernière expédition et est d’ailleurs depuis l’enfance, d’une constitution d’apparence robuste, mais fragilisée par de douloureux calculs.

La célèbre piste « Bidon V » (en pointillés rouge à gauche), partant de Colomb-Béchar, jusqu’à Reganne, à travers le Grand Erg occidental et le Tanezrouft. Carte touristique de l’Algérie, 1961 (Extraite de Mekerra, coll. privée).

Son ami Maurice Lelubre nous raconte de quelle façon il part d’Alger pour le sud, car cette dernière expédition dans le désert, mènera désormais Kilian pour son plus long périple saharien à travers une grande partie du Sahara occidental, d’abord par le Grand Erg Occidental, partant de Colomb-Béchar, descendant sur la plaine du Tidikelt, par la ville d’Adrar , puis sur le Tanezrouft-n-Ahnet et jusqu’au Bordj Mokhtar, extrémité sud de la piste « bidon V », près de la frontière malienne. La piste continue jusqu’à Tessalit et Kilian pousse donc jusqu’en A.O.F, sur les rives du fleuve Niger, à Gao au Mali. De là, il prend la route vers l’est, jusqu’à Agadez, au Niger :

« A partir de Colomb-Béchar, Kilian rejoint Gao par la piste de Bidon 5, puis parvient à Agadès : là commence sa dernière mission saharienne, le 7 janvier 1943. Accompagné de sept hommes et 15 chameaux, il parcourt tout l’Aïr du Sud au Nord, fait la première ascension du Mont Greboun ; le 17 juin, il continue à la boussole sur Tadoumet en traversant le Ténéré qui sépare l’Aïr du Hoggar et arrive à Tamanrasset le 15 juillet. » (Lelubre, 13 mai 1992)

On remarque donc que, non content d’avoir parcouru l’Algérie du Nord au Sud, une grande partie du Sahel, de Gao jusqu’à Agadez, l’incroyable Kilian avait opéré une remontée vers l’Algérie, depuis Agadez, en passant par l’Adrar Chiriet, il arrive donc dans le somptueux et mystérieux massif nigérien de l’Aïr. Il sera le premier occidental à gravir le Mont Greboun, qui sera longtemps (jusqu’en 2001) considéré comme le plus haut sommet du Niger avec ses 1944 mètres d’altitude. Cette traversée du Niger et du Mali n’a pas manqué de lui faire remarquer la richesse minéralogique de ces contrées. Des minerais rares et abondants s’y trouvent.

En juillet 1943, à peine arrivé à Tamanrasset, il est empoisonné au moyen d’une drogue locale particulièrement puissante connue sous le nom de Bor-Bor. Que s’était-il passé ? Pour comprendre cet empoisonnement soudain, il faut remonter à deux évènements bien précis, qui devaient confirmer à Kilian que le Sahara était désormais ouvertement convoitée par des appétits étrangers.

Tout d’abord dans l’Aïr nigérien, il avait était témoin d’une scène qui augurait déjà de la lutte discrète pour les richesses du sous-sol saharien : il avait surpris un groupe « d’étrangers », manifestement britanniques, exploitant en toute illégalité un gisement de Wolfram, composant alors rare et essentiel à la fabrication du tungstène et ceci, sur le sol français souverain de l’A.O.F. Il fera fermer la mine, mais son immixtion dans ces sombres affaires vont signer ici, au fond du Sahara nigérien, le début d’une traque mystérieuse et sans relâche qui allait mener Kilian à sa perte, quelques années plus tard. La fermeture de cette mine, par ailleurs étrangement tolérée par les autorités coloniales locales, lui vaudra donc ce terrible empoisonnement.

Ensuite, il faut aussi revenir sur ce qu’il s’est passé bien en amont encore, à l’arrivée de Kilian à Alger en 1942. Dès son arrivée en Algérie, Kilian avait était approché de manière très ostensible par de nombreux représentants de compagnies pétrolières britanniques et américaines, notamment l’ARAMCO et la SHELL, qui lui proposent des sommes et des moyens matériels astronomiques s’il accepte de travailler avec eux. Pendant ce temps, nous l’avons vu, les hauts cadres de l’industrie pétrolière française sont largement désorganisés en métropole, et pour certains d’entre déjà mis aux arrêts au cours de l’année 1943. Au moins ont-ils cette excuse des plus valables dans les années de l’occupation, mais que cette ignorance du potentiel du Sahara fut risquée ! Par ailleurs, le Général de Gaulle lui, ne s’y trompa pas quand il déclarait en 1942, qu’il refusait « une reconstitution de Vichy en Afrique du Nord […], sous domination américaine ».

 

Jean-Michel Charlier signera un vibrant hommage cinématographique à la vie de Kilian (dont le rôle est tenu par Mathieu Carrière) avec le feuilleton « Le fou du désert », diffusé en quatre épisodes sur FR3 en février 1983. J.M.Charlier, par ailleurs célèbre auteur de bandes dessinées, est également à l’origine de la géniale fresque documentaire « L’histoire secrète du pétrole », diffusée sur TF1 de mai à juin 1985. Gageons que dans un jour proche, un réalisateur intelligent saura reconnaitre dans les multiples vies de Kilian, le formidable potentiel cinématographique qui s’y cache.

 

Ainsi en est-il de l’ambiance du « Texas » saharien durant la seconde guerre mondiale. Ainsi en est-il de la situation périlleuse dans laquelle se retrouve Conrad, qui est désormais pleinement conscient qu’il est une cible facile au milieu d’une compétition qui le dépasse déjà et qui s’annonce âpre et précoce, dans cet environnement mystérieux où l’on ne distingue pas encore tout à fait les prétendants qui semblent pour l’heure, davantage des privés. Et puis à cette époque-là, l’Italien Ardito Desio parcourt lui aussi le sud du Sahara libyen, dès la fin des années 1930. Il y découvre du pétrole en surface au cours d’une expédition en 1939, en Cyrénaïque. Sorte d’alter ego italien de Kilian, il aura toutefois la chance de ne pas connaître le même sort funeste. En outre, Kilian étant arrivé en Algérie en 1942 et ayant entamé son expédition en janvier 1943, se retrouve précisément pris en plein dans les péripéties du conflit mondial qui gronde sur les rives de la méditerranée et s’enfonce dans le désert.

Tracé des quatre grandes expéditions de Kilian en Algérie, au Niger, en Tunisie et en Libye. (Lelubre, 13 mai 1992)

De retour à Alger fin 1943, il se met à l’ouvrage et établit des rapports très optimistes sur la présence d’hydrocarbures dans l’est et le sud algérien et de la nécessité pour la France de les considérer, afin de les exploiter.

    La conquête du Fezzan Français.

Le Général Philipe Leclercq, comte de Hauteclocque, a lui aussi traversé le désert saharien durant ses victorieuses campagnes de Tunisie et de Lybie à partir de l’année 1942. En effet, dès mars 1941, la colonne Leclerc prend Koufra, au sud de la Cyrénaïque, puis avancent dans le Fezzan où, aidés des troupes du Cameroun des généraux d’Ornano, Massu et de Guillebon, ainsi que des unités du Tchad, du Congo, de l’Oubangui et du Gabon, ils réduisent les italiens de septembre 1942 à septembre 1943. Il s’agit non pas seulement de combattre les italiens, membres de l’Axe, mais aussi de contrer l’avancée des alliés britanniques qui progressent également en Libye par la Cyrénaïque. Avant l’offensive sur le Fezzan, le Général de Gaulle déclare: « Nous devons marquer par une action immédiate, explique-t-il, que nous n’admettons pas la reconstitution de Vichy en Afrique du Nord et en Afrique occidentale française sous la coupe des Américains. » et plus tard, qualifiant l’objectif donné à Leclerc : « Le Fezzan doit être la part de la France dans la bataille d’Afrique, explique de Gaulle. C’est le lien géographique entre le Sud tunisien et le Tchad. »

Naturellement, n’oublions pas qu’au moment où au printemps 1942, Killian est déjà parti d’Alger et pense pouvoir mener tranquillement sa caravane comme au bon temps des colonies d’avant-guerre, les combats de la campagne du désert font rage non loin de là depuis février entre les alliés et les forces de l’axe…alors que Kilian a quitté la côte un mois plus tôt. (Sans compter le putsch d’Alger du 8 novembre 1942 !) Naturellement, les américains et les surtout les britanniques, engagés sur ces théâtres d’opérations, n’ignorent pas du tout le potentiel en hydrocarbures de la région saharienne. Comme nous l’avons évoqué, Kilian avait été approché par des pétroliers anglo-hollandais et américains dès son arrivée à Alger en 1942, il s’agissait de l’ARAMCO et de la SHELL. Ces derniers, sans doute étonnés de l’amorphisme du gouvernement français proposent à Kilian des financements énormes, s’il accepte de travailler pour eux. Kilian n’accepte évidemment pas, car patriote intégral, son combat est exclusivement mené pour la Nation.

Si le contrôle français sur l’AOF et l’Algérie française demeure relativement stable durant la guerre suivant l’évolution des ralliements des gouverneurs, divisés jusqu’en 1943, c’est la Libye, colonie italienne depuis 1911, qui sera le premier objet de la lutte pour les hydrocarbures. En effet, les italiens membres de l’Axe, sont évincés de Libye dès 1943 au profit des alliés, et plus particulièrement des anglo-américains, les français n’ayant guère les moyens de revendiquer à fond ce territoire, à peine la portion du succinct « Fezzan français » que les troupes du comte Leclerc de Hauteclocque occupent en 1942. A partir de décembre 1942, l’offensive de la colonne Leclerc débutait dans le Fezzan avec les prises de Sebha le 12 janvier 1943, puis de la ville de Mourzouk, le 13 janvier. Or donc, c’est le colonel Raymond Delande qui est chargé de l’administration du Fezzan français dès cette année-là.

Carte du Fezzan, émanant du Gouvernement général de l’Algérie, 1948, (coll. privée).

L’aventurier Yves Rohmer, auteur d’un site remarquable consacré à l’histoire et à la géographie saharienne, évoque l’histoire d’un fort français du nom de Mereksen, se trouvant précisément dans une zone qui allait devenir le théâtre de secrets affrontements entre alliés. Déjà, en 1942 :

« Mereksen fait un peu parler de lui en 42-43. Dans la région de Ghadamès, face à une importante garnison ennemie, le goum méhariste d’El Oued du capitaine Ruat tenait les lisières sud de l’Erg oriental et un peloton Ajjer (lieutenant Bracq) était installé près d’Hassi Imoulaye. En avant-postes, les deux petits bordjs de Fort- Saint et de Mereksen étaient gardés par quelques hommes.

Fin décembre 1942, les Italiens très renseignés par des auxiliaires tunisiens déserteurs sur la faiblesse de ces ouvrages attaquent Fort-Saint. L’adjudant Carcouet commande le poste qui comprend trois européens du poste radio et quatre méharistes algériens. Sommé de se rendre, il répond par une salve de mousqueterie. Aussitôt le bordj est canonné par l’artillerie italienne, le poste radio est détruit, les opérateurs blessés et l’adjudant Carcouet tué. Durant la nuit, les survivants rallient le goum Ruat dans l’erg.

Pour éviter que Mareksen – pourtant sans aucun intérêt militaire – ne subisse le même sort que Fort-Saint, un peloton de la compagnie saharienne portée mixte (lieutenant Carret) est dirigé rapidement de Fort-Flatters sur Mareksen avec l’ordre de tenir la position coûte que coûte, A peine arrive-t-il au bordj le 9 janvier 1943 qu’il est violemment attaqué par les Italiens qui disposent d’artillerie, de chars et d’une infanterie nombreuse (plusieurs centaines d’hommes). Le peloton du lieutenant Bracq et le goum d’El Oued installés dans les dunes tentent de soutenir les assiégés du feu de leurs armes mais en vain, L’ennemi pilonne le fortin et le réseau défensif qui l’entoure. A plusieurs reprises, il s’approche des barbelés et chaque fois est repoussé, Il ne réussit à se rendre maître du bordj qu’après une journée de combat (Le lieutenant Carret avait une très grave blessure à la tête, le maréchal des-logis Oullié était grièvement. atteint au bassin et l’aspirant Gaveau était lui aussi blessé.). Le colonel qui commandait la colonne italienne ne put s’empêcher de féliciter le lieutenant Carret pour la belle défense de sa garnison. » (Rohmer)

La perte de la Libye est évidemment un coup terrible pour les ambitions de l’industrie pétrolière italienne. L’AGIP est née en 1924 d’une construction privée-publique qui sera maintenue sous le Royaume d’Italie, puis sous le régime fasciste. Cette entité évoluera alors principalement dans le raffinage, mais aussi dans l’exploitation de puits en Albanie dans les années 1930. Par ailleurs, l’Italie possède également son propre « Killian » en la personne d’Ardito Desio, qui quant à lui découvre du pétrole en Lybie dès 1938. De ce point de vue, les italiens, bien qu’ayant « découvert » le pétrole libyen, se voient mouchés dès 1943 par les alliés, notamment les anglo-américains, qui ne tardent pas à l’issue de la guerre, à placer Idriss Ier au pouvoir et de se concocter plus tard de confortables contrats, au détriment complet des italiens. L’AGIP était donc promise à la faillite à la fin de la guerre, mais fut réhabilitée par le brillant Enrico Matteï, qui va bientôt en faire une redoutable compagnie nationale et sera par ailleurs l’un des premiers dirigeants pétroliers européens à miser sérieusement sur le potentiel africain.

Détail des traversées du Ténéré effectuées par Conrad Kilian.

Dès 1944-1945, Killian se met en rapport avec les généraux Juin, de Gaulle et Leclerc de Hauteclocque et leur recommande vivement de porter attention au potentiel de ces régions à même de doter la France d’une indépendance énergétique inédite, objectif évident des gaullistes, mais les bases et politiques de ces derniers sont encore trop « éparses », malgré un réseau déjà puissant. Ce sont les socialistes et surtout les caciques radicaux-centristes du MRP de Robert Schuman qui reprennent les affaires dès 1947, après la chute du gouvernement Ramadier. De plus, nous avons pu constater que la guerre a éloigné, voire éliminé des pointures des affaires pétrolières comme Mény ou Angot. Certes, il en reste bien d’autres. Mais ceux-là, comme les précédents, ne porteront que peu d’attention à Kilian.

L’un d’eux, Pierre Guillaumat, était également polytechnicien et ancien des Mines. Ingénieur colonial, il sera collaborateur du diplomate Eirik Labonne au Maroc au sein du Bureau de recherches pétrolières et minières. En 1943, il collabore avec les réseaux de contre-espionnage du gaulliste Jacques Soustelle et accomplit des forages en Tunisie. En 1944, le Général de Gaulle va en faire un personnage central du redressement de la recherche pétrolière française, et plus généralement en ce qui concerne le pétrole africain. Il est l’un des instigateurs de la création du B.R.P. (Bureau de recherches pétrolières) qui intervient par ordonnance du Général en Octobre 1945.

Le Général de Gaulle, comme on le verra lors de son retour au pouvoir en 1958, est comme chacun sait un homme doté d’une Vision exceptionnelle, est informé très tôt des travaux de Kilian et s’intéresse dès lors à la manne saharienne. Il aura l’occasion de relancer l’effort en tant que chef de l’exécutif du Gouvernement Provisoire en créant le B.R.P. avec à sa tête Guillaumat et Paul Moch, mais quitte le pouvoir le 20 janvier 1946. Quelques jours plus tard était prévue une entrevue avec Kilian, qui n’aura donc jamais lieu. Toutefois, le Général a peut-être un jour sauvé la vie de l’explorateur, en le rapatriant en métropole sur un torpilleur, à l’issue de sa mission de 1943-1944.

Kilian n’est reçu que par Leclerc et seulement en juin 1947 au ministère de la défense. Killian exposa alors ses découvertes au Maréchal et alla même jusqu’à lui suggérer des plans d’évacuations vers les ports du golfe de la Grande-Syrte. Le maréchal n’ignorait rien du potentiel du Fezzan et à cette époque-là, il était sans doute l’un des derniers soutiens de poids de Kilian.

Quelles sont les suites de l’entretien Kilian-Leclerc ? Attardons-nous avec intérêt sur l’indispensable témoignage que nous a laissé le professeur Maurice Lelubre, l’un des rares et derniers amis de l’inénarrable Kilian, racontant les tristes et injustes dernières années de la vie de son camarade lors d’une conférence donnée le 13 mai 1992 au Comité français d’histoire de la géologie :

« Finalement, après ma démobilisation et un dernier séjour au Hoggar pour terminer le travail de terrain de ma thèse, c’est à moi que la mission fut confiée par le Ministère des Affaires Etrangères. Malgré la mauvaise volonté évidente de M. Paul Moch, Délégué Général du Bureau de Recherche des Pétroles (BRP), chargé de l’organisation, la mission eut lieu en octobre-novembre 1947, avec la participation de Michel Tenaille, Directeur de la S.N.REPAL, que j’avais demandée. Le rapport, remis à M. Moch en mi-décembre, ne fut finalement signé qu’en mars (1948 !) mais … ne fut jamais transmis aux Affaires Etrangères ; le Ministère n’eut droit qu’à un bref résumé signé de Pierre Guillaumat, sans carte, et il fallut que Kilian porte lui-même un double du rapport complet ! »

Retenez bien ces termes : « Le rapport, remis à M. Moch en mi-décembre (1947), ne fut signé qu’en mars (1948) mais ne fut jamais transmis aux Affaires Etrangères ». Et oui, car nous verrons plus loin, qui est ministre des affaires étrangères de 1947 à 1952. Qui, à ce titre, est chargé normalement devant l’O.N.U, de défendre mordicus les intérêts français à propos d’une province conquise par son armée.

«  Mais Kilian est de plus en plus désemparé ; partout, il rencontre des obstacles et des menaces. De nombreuses tractations ont lieu autour des pétroles fezzanais, la plupart du temps en dehors de lui ; il sent la trahison partout et se détache de la plupart de ses amis. Il se sent poursuivi, notamment par des agents de l’Intelligence Service ; personne n’y croit, mais il y a tout de même beaucoup de faits troublants. Ainsi, descend en son hôtel de la rue du Bac un officier britannique portant ostensiblement des marques de l’I.S. ; un soir, alors que je le raccompagnais à son domicile, une voiture fait brusquement un écart sur le trottoir où nous marchions ; Kilian part quelques jours à Montbéliard pour des obsèques et, alors qu’il rentrait du cimetière, un homme sur un vélo le double en lui disant « souvenez-vous du Commandant Aber » (par ailleurs subordonné du Général Testard), qui s’était suicidé en 1945 dans des circonstances non élucidées. Kilian se terre, fatigué, malade ; il ne vit que grâce à un traitement de Chargé de Recherches du CNRS, mais on menace de le lui supprimer et il faudra l’intervention de Charles Jacob et Fernand Blondel pour qu’il soit maintenu. Mais dès qu’il a un peu d’argent, Kilian le dépense et, toujours généreux, invite ses amis ; ses vêtements sont effrangés, son linge non lavé, les semelles de ses chaussures font clap-clap ; il a l’aspect d’un clochard, ce qui ne l’empêche pas de continuer d’aller au Quai d’Orsay où on le regarde avec suspicion et mépris, sauf quelques amis. » (Lelubre, 13 mai 1992)

La suite de l’entretien Kilian-Leclerc, la voici : un mois après l’entame de la mission évoquée par Lelubre, le
général Leclerc meurt le 28 novembre 1947 dans un accident d’avion au cours d’une revue d’inspection après que celui-ci eut percuté une voie ferrée dans les environs de Colomb-Béchar (ouest de l’Algérie). Le B-22 du général avait certes été pris dans une tempête de sable alors qu’il commençait sa tournée au-dessus dans l’ouest algérien, mais la thèse de l’accident ne convainc pas tout le monde. Dès lors, Killian et d’autres jusqu’à aujourd’hui, accusent les services britanniques d’avoir orchestré la mort du comte Leclerc de Hauteclocque. Les preuves manquent encore, mais la présence d’un 13e cadavre inconnu et toujours non identifié à ce jour, alors que le manifeste de bord indiquait 12 personnes, de plus que la disparition soudaine de ce même cadavre au cours du rapatriement des dépouilles à Oran : tous ces éléments ont effectivement longtemps laissé entendre une conjuration étrangère, peut être britannique.

Il faut également rappeler que le général Leclerc, dès l’année 1945, avait réclamé le rattachement du Fezzan libyen au sud algérien, afin de mettre les richesses détectées par Killian à disposition de la France. Il s’en justifiait au titre des réparations de guerre. En vain, il périra donc deux ans plus tard. Après l’entretien d’avec Kilian, il avait même lancé un ordre pour faire mouiller un navire devant le port de Brega, dans la Grande-Syrte, ordre qui ne sera jamais appliqué.

On comprend donc que la lutte pour les richesses sahariennes est alors extrêmement sérieuse, particulièrement pour les puissances européennes plus ou moins exsangues, en passe d’être dominées ou inféodées à l’influence américaine., même si du côté des géologues mandatés par les pétroliers américains de la texane GULF Company en 1951, on déclare avec une amusante hypocrisie  : « Aucune zone intérieure de l’Afrique ne présente d’intérêt pour les recherches. » (Heldberg, 1951)

 


Timbre évoquant le Fezzan français, à l’effigie Timbre italien daté de 1921, évoquant la Libye italienne.

du Général Leclerc (Coll. privée).             (Coll. privée)

 

 

A propos des intérêts privés, Lelubre aura un mot très intéressant en évoquant l’entêtement de Kilian pour monter une nouvelle expédition au Fezzan après 1945, chose à laquelle il doit finalement renoncer pour ne plus jamais revoir les étendues du désert :

« Kilian continuait son activité relative au devenir et aux frontières du Fezzan. Mais il se heurte, plus encore qu’avant, à une hostilité presque générale. C’est qu’en effet un élément nouveau intervient dans les discussions : le pétrole ! Ce n’est pas la première fois que Kilian évoque ce problème ; dès sa première mission au Hoggar, il a reconnu de grandes structures anticlinales dans la couverture paléozoïque à l’Est d’In Salah, structures d’autant plus favorables que les Schistes à Graptolites pourraient être des roches-mères du pétrole. Bien que l’Afrique, et donc le Sahara, soit considérée comme un domaine réservé par les pétroliers, qui feignent de ne pas croire à la possibilité de gisements, Kilian a la certitude que le pétrole existe, en particulier dans le bassin de Syrtique où, selon des renseignements, des forages clandestins britanniques auraient eu des résultats positifs. Il envisage d’aller lui-même au Fezzan, mais, devant les difficultés qui s’accumulent, il doit différer son départ et renoncer. » (Lelubre, 13 mai 1992)

Le Fezzan définitivement perdu, il faudra se concentrer à fond sur le sud algérien.

Quant au pauvre Killian, il aura beau dénoncer un complot : la mort du général Leclerc de Hauteclocque le prive de son seul soutien de poids dans les milieux politiques et militaires d’après-guerre. Loin d’être idiots, ces derniers préparent l’offensive depuis longtemps, car ils n’ignorent évidemment rien des découvertes de Killian. On le laisse malgré tout de côté. En outre, les gaullistes, plutôt attentifs à Killian et pestant eux aussi contre les traités franco-libyens, ne reviendront pas au pouvoir avant 1958. D’ici là, Killian ne sera déjà plus de ce monde.

Enfin, dans les tractations qui concernent la question du Fezzan français, et plus généralement des mannes d’hydrocarbures qui se trouvaient dans ces régions, il est utile de rappeller tout de suite que la présence de Robert Schuman au gouvernement en tant que ministre des affaires étrangères, aura une importance capitale dans la soumission française face aux agissements tant diplomatiques que secrets des alliés. De fait, entre 1946 et 1950, on distingue clairement l’attitude pour le moins étrange, parfois suspecte de certains hauts fonctionnaires du Quai d’Orsay à l’égard de Kilian et plus généralement à propos de la sauvegarde du Fezzan militaire. Dans un prochain chapitre, nous reviendrons plus longuement sur le rôle exact de Robert Schuman, qui n’était, comme chacun le sait, ni un patriote très farouche, ni un homme disposé à tenir tête aux américains ou aux anglais.

 

    Conrad Kilian, suite et fin d’un combat pour la France.

Terrorisé pour le restant de ses jours à l’idée de finir assassiné ou même à nouveau empoisonné comme il l’a déjà été par deux fois, lâché par les gouvernements de la quatrième république, il termine sa vie dans l’angoisse constante et la dèche relative. Lui, le héros des Temps Coloniaux, perdu dans le monde de l’après-guerre et épié par des barbouzes en tous genres. En 1949, il échappe de justesse à une automobile qui lui fonce dessus, (Boissonnade, 1982) ce que confirmera son ami Lelubre dans sa conférence de 1992. (Lelubre, 13 mai 1992)

Lieutenant méhariste et neveu de Conrad Kilian, Claude Kilian photographie la plaque hissée au sommet de la Garet el-Djenoun en hommage à son oncle (coll. privée).

Las, Conrad Killian est retrouvé pendu, les poignets tranchés, au loquet d’une fenêtre d’un hôtel grenoblois, rue Adolphe Thiers, le 30 avril 1950. L’enquête est promptement expédiée et conclura sans grand originalité sur un suicide, mais la réalité de sa mise à mort, grossière mise en scène, n’est guère cachée de certains officiers durant la même année 1950 ! Ainsi du général Grossin, alors même qu’il est encore directeur du SDECE, déclarera : « L’assassinat fut maquillé en suicide, bien maladroitement »
. Ou bien était-ce encore une opération britannique, selon le mot de ce major de la Royal Army lors d’un diner mondain à Paris la même année 1950 : « Ah oui ! Conrad Killian [..], l’intelligence service (services secrets britanniques) s’est occupé de lui ». Ces propos avaient été rapportés par le journaliste Philippe Vienne, de l’AIF (Agence internationale de France) et repris dans la biographie absolument passionnante qu’à consacré Euloge Boissonnade à Conrad Kilian, dans laquelle on mesure la vie fascinante et tragique de cet alsacien de l’Isère, et du mépris constant qu’auront pour lui les politiciens et les industriels, à cause de son esprit « rêveur », avant-gardiste et passionné.

C’est dire si plus personne ne se souciait alors du pauvre Killian, encore moins de sa mort. Comment est-ce possible, alors que Killian brûlait justement d’aider le gouvernement à rendre la France indépendante en énergie ? L’échec du Fezzan apparaitra sans doute rageant, mais l’objectif n’était pas raisonnable : les britanniques construisent une base militaire en Lybie, tout comme les américains en 1954 et les compagnies américaines et anglaises se voient décerner les plus juteux permis d’exploitation. Dès 1955, les premiers gisements font rendement en Cyrénaïque. En plus de cela, le pétrole libyen apparait alors être proche de la pureté. »

« Je vois dormir des milliards de barils de pétrole dans le vêtement de sable du désert. » Conrad Kilian cité en 1919, à l’âge de 21 ans (extrait de Decaux, 1980, tous droits réservés).

Pour dire encore un mot à propos de Kilian, on a pu voir qu’il avait été mandaté officiellement en Afrique en 1942 par ordre du gouvernement de Vichy, qui par ailleurs étaient forcément liées aux divers bureaux d’études pétrolières et autres organismes similaires, dont les dirigeants sont jusqu’en 1943, les mêmes polytechniciens d’avant-guerre, qui ne paraissaient déjà pas écouter ou lire Kilian. Or, qu’en est-il de la stratégie pétrolière française durant la seconde guerre mondiale ? Il faut lire à ce sujet, le très intéressant rapport sur la stratégie de la CFP (Compagnie Française des pétroles, crée dès 1924) durant la guerre, rédigé en 1992 par le directeur de l’information du groupe Total, Philippe Phuillier qui conclut en ces termes :

«Toute la politique de la CFP pendant ce conflit a été de sauvegarder ses intérêts vitaux : un outil de production, un outil de raffinage, le lien avec ses actionnaires, la relation avec les majors. Elle y est arrivée en limitant les pertes. La preuve en est que six ans après la fin de la Guerre, sa capacité d’autofinancement était redevenue considérable, ce qui, compte tenu du facteur temps dans l’industrie pétrolière, était une performance. Mais, rétrospectivement, la Guerre avait fait clairement ressortir qu’elle n’avait pas, pendant ses quinze premières années, développé une source d’approvisionnement «à contrôle français».
Or tel fut le débat de la Guerre et de l’après-Guerre, car le désir de mettre la main sur l’outil industriel rapproche singulièrement le gouvernement de Vichy, les menées de l’occupant et le gouvernement provisoire. Face à cela, en opposition aussi avec les tentatives anglo-saxonnes de fausser véritablement le jeu dans l’IPC, la CFP a préservé son indépendance. Ce fut difficile à cause du caractère monolithique de ses actifs. A cet égard les leçons du conflit étaient claires : multiplier les sites de production, déployer l’outil aval, rechercher des positions majoritaires. L’histoire montre qu’elles furent retenues
. »

Si l’on en croit Philippe Phuillier, toujours dans son rapport de 1992 : en 1939-1942, l’Algérie n’est toujours pas considérée comme autre chose qu’un débouché, au même titre que la métropole (puisque la France importe alors encore la quasi-totalité de son pétrole). Certes, Killian n’était pas encore retourné dans le Sahara pour ses dernières expéditions de 1942 à 1944. Et entre temps, le débarquement de Dakar a eu lieu, puis celui d’Alger et de Provence, sans compter la campagne de Tunisie. Vichy ébranlé, Kilian se mettant de facto du côté des forces libres, ses découvertes semblent se perdre dans le désordre qui perdure jusqu’en 1945-1946 en France.

Comme nous l’avons vu, malgré l’ostracisme imposé à Kilian, les compagnies françaises sont rapidement en place dans le Sahara dès 1949. N’oublions pas que le Général Catroux avait également été mis au courant des découvertes, ou du moins des suspicions de Kilian dès l’expédition de 1935, puisque les deux hommes avaient fait route ensemble jusqu’à In Ezzan, où le général (qui se ralliera plus tard à l’appel du 18 Juin) établit un poste militaire sur recommandation de Kilian. L’Etat en pleine recomposition et les compagnies françaises, malgré leur dédain pour Kilian et malgré les années troublées, n’ignoraient rien du potentiel saharien, évidemment.

Enfin, comme le souligne Phuillier en conclusion ci-dessus, on peut gager que les « leçons » ont bien été retenues dès l’année 1945, ne serait-ce qu’avec la création du BRP sur ordonnance du Général de Gaulle. De plus, ce dernier dépêche dès 1946 une mission d’information dans le Sahara. En 1941, avant la mission de Kilian en 1942, des premières recherches sont entreprises par la section « pétrole » du Service des mines en Algérie. Ce sont peut-être davantage ces recherches-là, et non celles de Kilian, qui amènent alors le Général à considérer le potentiel algérien. C’est donc sans doute à partir de cette époque, que politiciens et industriels estimeront pouvoir se passer définitivement de Kilian, ayant en réalité suffisamment d’éléments, sans doute depuis un certain temps.

« Base de la SN.REPAL à Hassi-Messaoud ». Tous droits réservés. (Coll. privée)

En Juin 1951, près de 250.000 km carrés de gisements sont répartis à titre conservatoire entre la CFP et la SN.REPAL (future Elf-Aquitaine). Enfin, dès 1953 (trois ans après l’assassinat-suicide de Killian), le gouvernement concède plusieurs permis de recherches à la CFPA (Compagnie française des pétroles en Algérie, dont l’Etat possède 35% des parts), la SN.REPAL (Société nationale de recherche et d’exploitation des pétroles algériens), la CPA (compagnie des pétroles d’Algérie) et le CREPS (compagnie de recherche et d’exploitation pétrolières au Sahara). Nous sommes donc à peine un an avant le déclenchement de la rébellion indépendantiste de novembre 1954. Alors que les compagnies anglo-américaines exploitent les gisements libyens depuis 1955, les français enregistrent leurs premiers succès à Edjeleh et Hassi-Messaoud au printemps 1956. Un an plus tôt, un fameux gisement de gaz avait été découvert près d’In-Salah. Comme nous l’avons évoqué plus haut, la mort de Leclerc et celle de Killian n’ont évidemment pas dissuadé les gouvernements d’exploiter ce potentiel algérien, malgré les inquiétants « évènements » au nord qui prennent rapidement des aspects de guerre civile. Mais le sud algérien étant un vaste désert, à peine contrasté par de rares oasis, il ne s’y déroule évidemment pas de combats, mais s’y trouvent néanmoins des enjeux capitaux. La production se lance « tranquillement ». De 1956 à 1970, à lui seul, Hassi-Messaoud produira près de 130 millions de tonnes de pétrole.

Appareil de forage en activité sur le périmètre de la SN.REPAL à Hassi-Messaoud dans les années 1950 (coll. privée).

 

Guillaume de Hazel.

Tous droits réservés. Toute reproduction en bloc ou en partie ne peut se faire sans l’accord de l’auteur.

 

PILOTE N° 107 du 09-11-1961 CONRAD KILIAN – LE SOURCIER DU PETROLE SAHARIEN [Magazine]

Bien qu’une mission italienne dans le Fezzan, de 1934 à 1938, s’enfonce également dans ces régions du Sahara manifestement à la recherche de traces d’hydrocarbures. Ces italiens sont notamment les zoologistes Zavaratti et Scortecci, le botaniste Corti et surtout le célèbre géologue et aventurier Ardito Desio. Toutefois, les colons italiens ont peu d’influence concrète sur le Fezzan, région historiquement rebelle, et en sont évincés en 1943 par les alliés, et avant tout les troupes du Général Leclerc, qui prend le Fezzan dès 1942.

Selon Decaux, ce titre tombé en désuétude, avait été très officiel lors de la campagne d’Egypte de Napoléon Buonaparte, qui l’avait créé justement pour les explorateurs éventuels, qui pourraient ainsi prendre des territoires pour la République dans l’arrière-pays. De même que le titre d’écuyer-banneret est tiré des tréfonds du bas Moyen-Âge et désigne les aspirants chevaliers. En effet, El-Bashir portait le « fanion » de Kilian, que la Reine Aïcha lui avait brodé, où était inscrit « Avec vaillant, toujours Kilian ».

Decaux, Conrad Kilian prophète du désert, réalisé par Jean-Charles Dudrume, présenté et produit par Alain Decaux, diffusé sur Antenne 2 le 26 mars 1980, 59min14s., 1980.

Sur Antenne 2 en 1980, Alain Decaux image avec tout son talent le récit de cette incroyable 1ere expédition, ainsi que les relations entre Kilian et Lacroix (il les rapporte essentiellement du très beau livre d’Euloge Boissonnade sur la vie de Kilian). On y découvre par exemple, que le furibard Lacroix, excédé des échappées en solitaire du rêveur Kilian à la recherche de roches et de cailloux, s’était un jour jeté sur ce denier, poignard à la main.

« Le terme Ouled Naïl est une contraction du mot aw lad Sidi Naïl, qu’on peut traduire par les enfants du saint éponyme Sidi Naïl. Il désigne la tribu des awlad Sidi Naïl dont les territoires s’étendent sur les Hauts Plateaux du Sud algérien dont les montagnes portent le nom, les monts des Awlad Naïl. » (Ferhati, 2006)

LELUBRE M., Bibliographie de Conrad Kilian, sur : http://annales.org/archives/cofrhigeo/conrad-kilian.html

Entre autres ouvrages et contributions de Pierre Fontaine : La guerre froide du pétrole (1956), Bataille pour le pétrole français, La guerre occulte du pétrole, Dossier secret de l’Afrique du Nord (1957), La mort étrange de Conrad Kilian (1959), Alerte au pétrole franco-saharien (1961), L’Aventure du pétrole français (1967).

Dit le « boucher du Fezzan ».

Certes, six ans après les expéditions des anglais Dixon Denham et Hugh Clapperton en 1822.

Le Mont Greboun a longtemps été estimé à des hauteurs très aléatoires (jusqu’à 2300 mètres). C’est le Mont Idoukal N Taghès (Mont Bagzane), plus au Sud, qui est désormais considéré comme le plus haut sommet nigérien avec 2022 mètres.

Conrad Kilian, Le fou du désert, feuilleton en 4 épisodes de Jacques Tréfouël/ Jean-Paul Trébouet, diffusé sur FR3, 7-28 février 1983, 20h50. Scénario de J.M.Charlier, avec M. Carrière, B.Agenin, P. Arditi. 1982.

Giuliana V Fantuz: Ardito Desio, dal K2 all’Antartide al deserto del Sahara, 2002.

Au travers des nombreux traités et accords de règlement de la liquidation des colonies italiennes de février 1947 à 1953, Royaume-Uni et Etats-Unis vont apporter financement, aides matérielles et techniques, accords de défense et de protection mutuelle, d’amitié, etc.

Pierre Fontaine, La mort étrange de Conrad Kilian, inventeur du pétrole saharien, Les sept couleurs, 1959.

La saga du pétrole en Algérie et l’œuvre française en Algérie, cité par Sivera sur le site de « Algérie française, recherche de la vérité. » : http://www.algerie-francaise.org/silafrance/petrole-deux.shtml

Service de documentation extérieure et de contre-espionnage. Actif de 1945 à 1982 (remplacé par la DGSE), ce service aura un rôle historique dans divers théâtres d’opérations durant la guerre froide : guerre d’Indochine, guerre d’Algérie, guerre du Biafra, coup d’Etat contre Bokassa en 1979, tentatives contre Kadhafi en 1977 et 1980, etc.

BOISSONNADE E., Conrad Kilian, explorateur souverain, Paris, Editions France-Empire, 1982.

Idem.

Notamment l’Occidental Petroleum de Richard Hammer.

PHUILLIER M. La stratégie de la Compagnie Française des Pétroles durant la Seconde Guerre Mondiale : sauvegarder l’essentiel. In: Histoire, économie et société. 1992, 11e année, n°3. pp. 463-478.

DESTANNES DE BERNIS G., Les problèmes pétroliers algériens, Paris, Etudes internationales vol.2, 1971, n°4, p.575-609.

La Guerre d’Algérie, Yves Courrière & Philippe Monnier, Reganne Films, 1972

Publicités