Paul Dungler et le Réseau Martial : la résistance royaliste alsacienne durant la seconde guerre mondiale

Qui se souvient et honore les hommes de Paul Dungler, représentation même du royaliste résistant ? Cet ancien camelot du Roi, honorable industriel alsacien résidant à Thann (Haut-Rhin) qui à l’âge de 38 ans, laissera tomber du jour au lendemain son activité florissante pour se consacrer entièrement au combat de sa vie, sera à l’origine du Réseau Martial, l’un des tout premiers réseaux de résistance française, crée en septembre 1940, alors que l’Alsace et la Moselle viennent d’être annexées unilatéralement par le Reich.

« Surpris par la débâcle de juin 1940 dans le Massif Central, il (Paul Dungler) remonte, le 25 août 1940, en Alsace et y crée, le 1er septembre 1940, la 7e colonne d’Alsace. […] Dès le début de septembre, il rallie à la 7e colonne d’Alsace deux hommes d’élite qui joueront un rôle éminent dans l’histoire de la Résistance alsacienne, Marcel Kibler de Saint-Amarin, le futur commandant Marceau et Paul Winter, de Mulhouse-Bourtzwiller, le futur commandant Daniel. »

Eugène Mey, « Le drame de l’Alsace », éditions Berger-Levrault, 1949, p. 67.

Nous avions évoqué la magnifique épopée des très jeunes résistants strasbourgeois de la Main Noire dans un cours essai d’ Avril dernier. Nous nous chargerons aujourd’hui d’évoquer le cas de Paul Dungler (1901-1974), qui incarne cette génération de sympathisants royalistes, voire nationalistes, qui constituent une bonne part des premiers cercles de résistance, et que les tournures actuelles  des sciences historiques vulgarisées pour le grand nombre, ont largement oublié au profit d’un conte plus convenable, construit à partir de l’Epuration entre 1944 et 1946 et perpétué par les nouvelles dominations intellectuelles.

« C’est la gauche qui a exploité la résistance, mais ce sont les gens de droite qui l’ont créé » – François de Grossouvre.

L’histoire de la 7e Colonne tient effectivement d’un récit d’une génération anonyme, peu célébrée, une époque d’artistes maudits, que Jean Eschbach dans la préface de sa splendide biographie de Dungler et du Réseau, aurait voulu qu’elle eut été adaptée par l’un ou l’autre des mythiques Hussards, pendants littéraires au fond, de cette résistance de la première heure, méprisée et ringardisée par le progressisme opportuniste à la Libération.

« Il ne m’aurait pas déplu que l’un des « hussards » de la littérature française, peut être le dernier, ne vienne couronner ce livre de son talent et de l’amitié qu’il portait à Paul Dungler. Mais la mort est venue anéantir ce beau projet, et je me crois obligé de me substituer à lui. Ambition certes présomptueuse ! » – Jean Eschbach.

 

Chronique d’un dévouement ordinaire.

Cette histoire est celle de monarchistes, nationalistes ou patriotes, de souche rhénane, alémanique, qui n’ont pas un instant songé à capituler et obéir devant quelque envahisseur que ce fut, alors que tant de sang a été versé pour que la France recouvre l’intégrité de ces frontières lors de la Grande Guerre. Cette expérience vécue dans l’enfance, préside souvent dans cette génération politique, qui n’aura rien à voir avec les fascistes et autres néosocialistes qui collaboreront eux, activement avec les nazis. Certains d’entre eux, feront « se croiser les flux », et passeront parfois comme Doriot, du communisme le plus exemplaire et le plus irréprochable, au fascisme de collaboration le plus zélé.

Ainsi, et à l’instar d’un certain nombre d’alsaciens de sa génération, du moins les plus conscients, Dungler pressent très tôt[1] l’imminence d’un conflit et imagine avant tout ses premières conséquences, qui seront en premier chef  l’inexorable annexion de l’Alsace-Moselle, que la France n’a qu’à peine et par le martyr de 14, récupérée. Une donnée qui est essentielle pour comprendre cette génération d’alsaciens impressionnés par le sacrifice des hommes pour cette terre.

En raison du particularisme politique local, le royalisme est une tendance qui en Alsace, aura eu des retentissements tout à faits propres et singuliers, différents des expressions que l’on alors pouvait observer en vielle France. En réalité, la multiplicité politique et la diversité alsacienne à l’entre deux-guerre, produit de nouvelles allégeances selon Strasbourg, Mulhouse, la plaine, la forêt, la montagne, les catholiques, les protestants, les vignerons, les paysans, les ouvriers,  les urbains, etc…Néanmoins, parmi le marxisme, le socialisme, le bonapartisme, le patriotisme républicain, le national-républicanisme ou la démocratie-chrétienne en gestation, le royalisme s’exprime assez fortement dans une certaine jeunesse alsacienne dans l’entre-deux guerres des années 1920-1930, ce qui pourrait paraître curieux à bon nombre de jeunes d’aujourd’hui, puisque les années 1940 auront été fatales à ce mouvement politique. Ce ralliement massif aux idéaux de l’Action Française s’explique aussi comme une réaction à la montée des communistes dans les fiefs ouvriers d’Alsace, ainsi que du développement des démocrates-chrétiens qui s’inscrivent déjà à l’instar des socialistes, dans un progressisme actif.

C’est encore Jean Eschbach qui nous raconte l’ambiance politique tout à fait bouillante à Strasbourg dans les années 1920. On constate déjà qu’autonomistes pro-germanistes et communistes internationalistes font le coup de force ensemble (alors que les autonomistes rallieront en masse le parti nazi en Alsace plus tard), tandis que les ligues royalistes et les ligues patriotes particulièrement vibrantes dans la région, s’opposent à ces menées anti-nationales et surtout anticléricale, sur une terre alsacienne où l’on ne sépare toujours pas le privé du public en matière de religion. Jean Eschbach nous raconte l’atmosphère régnant sur la place Kléber un jour de 1924 :

« En Alsace, les menées communistes facilitées par les difficultés économiques trouvèrent un terrain favorable chez les autonomistes et des alliés inattendus chez les Démocrates-Chrétiens. L’arrivée du Cartel des Gauches en 1924 avec son programme de laïcisation contribuera au succès de l’Action Française en Alsace. Dans les manifestations nationales à Strasbourg ou ailleurs, les villages défilaient, curés en tête avec la fleur de lys à la boutonnière. Léon Daudet put au pied de la statue de Kléber, entouré d’une foule immense qui remplissait toute la place, prononcer une harangue salvatrice. Les autonomistes du Heimat Bund aidés des communistes essayèrent, quelques mois après, de prendre leur revanche en organisant une manifestation monstre dans la salle des catherinettes à Colmar. Toutes les associations patriotiques, sous le commandement de Jacques Denisane, lancèrent une contre-offensive où firent merveille les troupes de Paul Dungler. Les gros bras communistes durent se réfugier derrière les barrages politiciens venus rétablir l’ordre. Les « français » restèrent maîtres du terrain[…] Le succès populaire des manifestations royaliste en Alsace fit peur au Gouvernement et encore plus aux Démocrates-Chrétiens qui voyaient leur rand s’éclaircir dans la province et leurs chances électorales s’amenuiser. Ce fut la cause profonde de la contre-attaque du clan progressiste à Rome».

Et il faut aussi compter avec l’autonomisme local, qui conserve une certaine présence chez certains intellectuels et politiques locaux après la période prussienne et dont le pangermanisme redéployé pourrait bien faire son fidèle complice. D’ailleurs, lors de la cérémonie d’admission des 400 premiers alsaciens adhérents du NSDAP le 25 janvier 1942 au Palais des Fêtes de Strasbourg, l’on y trouvait une très large majorité d’autonomistes. L’écho de ce mouvement encore bien présent aujourd’hui, s’explique par les statuts particuliers dont la province et les cités alsaciennes ont pu jouir sous les suzerains germaniques ou français. Le redéploiement du sentiment patriotique à partir de 1918 se niche alors dans des mouvances nouvelles, là où le royalisme politique  traditionnel perd déjà du terrain, de même que le national-républicanisme (ou patriotisme républicain). Emergent alors avec puissance les grandes formations fascistes et les grandes formations socialistes ou néo-socialistes) et communistes. Il sera intéressant de remarquer que ces trois dernières tendances, seront à proprement dit, celles qui vont alors s’exprimer de la façon la plus zélée dans la collaboration, sans oublier quelques présences démocrates non négligeables sous Vichy.

C’est indubitablement de cette jeunesse qu’est issu Dungler, tout comme son frère qui était Croix-de-Feu,  cette seconde génération royaliste qui oscillera parfois entre Action Française, Camelots et Cagoule à partir de 1934, cette dernière hérésie de l’orthodoxie maurassienne se rapprochant le mieux avec la nouvelle sensation fasciste des années 1930, qui reste néanmoins très distincte de l’authenticité royaliste ou nationaliste-républicaine classiques, malgré certains historiens chagrins et orientés, s’obstinant à placer « l’extrême-droite » française d’avant-guerre dans un fourre-tout indistinct. Dungler, même intéressé par dépit à la Cagoule à la fin des années 1930, demeure largement maurrassien d’esprit et patriote d’action. Comme tant d’autres jeunes royalistes, il avait été enthousiasmé par le grondement de février 1934, puis déçu comme tant d’autres, du refus de Maurras d’ajouter encore du chaos dans une République déjà pitoyable. Dungler se présente d’ailleurs à la députation de 1936 pour l’Action Française. Cet industriel, exerçant dans l’ingénierie mécanique pour le secteur du textile, aurait sans doute pu tirer un bon revenu financier en se complaisant docilement dans une active collaboration. Il n’en fut rien : si certains pourraient lui reprocher son pétainisme, il ne pourrait s’agir là que d’une regrettable simplification.

En vérité, et comme nous l’explique encore très bien Jean Eschbach, on peut percevoir dans La Cagoule, c’est-à-dire dans l’esprit « insurrectionnel » et révolutionnaire qu’il revendiquait, la part « armée » qui manquait à l’Action Française dans un contexte de paranoïa double, liée d’une part à la menace communiste, de l’autre à la menace nazie et enfin à l’incurie de la classe politique gouvernementale. De là, ces aspects de La Cagoule expliquent ils les activités primo-résistantes de ces transfuges de l’Action Françaises, ou d’autres qui y sont demeurés ?

Cet « artisan de l’Histoire » qu’est Dungler, est alors sur le point de donner tout son soul, au service de la sauvegarde nationale, dès Juin 1940, comme des milliers d’autres. Léon Daudet dira de lui :

« Ce jeune alsacien ira loin, car il a le feu qui entraîne et la précision qui fixe ».

Son aventure tient en effet du roman, bien que ce fut la substance du parcours de beaucoup d’autres destinées prises dans l’engagement dans l’Histoire. Toutefois, la précocité de l’organisation résistante de Dungler est assez remarquable, puisque sa proximité géographique avec l’Allemagne le conduisent à avoir des contacts secrets et réguliers dès 1936, avec une curieuse mouvance occulte agissant parmi les ministères nazis et conspirant déjà contre Hitler. A partir cette époque, les deux frères Dungler, Paul et Julien, se mettent au service occasionnel des services secrets de l’Armée, à qui ils transmettent de nombreuses informations sur les progressions allemandes. Le cycle des annexions et des invasions en Europe centrale entre 1937 et 1939 ne fera que confirmer l’abaissement ahurissant du gouvernement français. Désormais résolu à considérer que les pacifistes auront mené à la guerre et à la victoire allemande, Dungler est déjà convaincu de la nécessité de préparer l’organisation des réseaux de subversion à l’ennemi qui une fois vainqueur, ne manquera pas de reprendre l’Alsace dans le Reich. C’est tout le sens de sa première réunion de Juin 1939, où il réunit des camarades alsaciens, catholiques et royalistes, en vue de préparer en cas de défaite, une sorte de chouannerie de l’ombre contre l’envahisseur. Fidèles à leur serment, les camarades se retrouveront un an plus tard, en Juin 1940, quelques jours après la débâcle et mettent en application leur promesse.

Il semble que l’Appel du Général de Gaulle, alors assez inconnu de Dungler, n’ait pas été à l’origine de leur action, planifiée depuis un an déjà. Comptons avec le passage d’Adolf Hitler en Alsace en juin 1940, à l’occasion duquel il annonce déjà clairement ses intentions sur la Province. Voilà qui ne pouvait que décupler la rage de ces membres de l’Action Française, qui font de leur combat pour la sauvegarde de l’Alsace, une mission d’ordre national et patriotique, dans un véritable esprit de 1914.

Premier réseau de résistance intérieure ?

Dungler, en montant son propre réseau dès l’été 1940[2], devient l’un des premiers chefs résistants, tandis que socialistes, démocrates et cagoulards organisent Vichy, tandis que les communistes observent l’alliance de l’URSS et de l’Allemagne nazie jusqu’en 1941. L’outil de parfaite clarification pour la période complexe que nous allons aborder est sans nul doute le fameux « Paradoxe français » de Simon Epstein, qui sur quelques pages, nous rapporte le récit de la création du réseau Martial autour de la personne de Paul Dungler et de quelques compagnons. (L’ouvrage d’Epstein aborde la période complète, tandis que le livre de Jean Eschbach, fils d’un adjoint de Dungler, constitue à ce jour la biographie la plus complète sur lui et ses équipes. Voir la bibliographie en bas de page).

Nous sommes alors en Juin 1939. Jean Eschbach indique de Paul Dungler réunit ce jour-là une trentaine de camarades, de personnes sûres, des gars du coin qu’il connait de longue date et dont il sait l’engagement certain. On y retrouve déjà la plupart de futurs chefs de la 7e Colonne, dont ceux qui deviendront officiers des FFI d’Alsace en 1944-45 :

« Il suit avec inquiétude le développement des menées allemandes en Alsace à la fin des années 1930. Il réunit des amis en juin 1939, pour leur faire entendre (devant un buffet léger, où l’on sert du Riesling et du Kugelhof) un important discours de mobilisation. D’après le compte-rendu donné par son biographe, Dungler évoque la situation internationale et évalue les risques de guerre :

« je vais être plus clair : l’Amérique, les juifs, les milieux influents ; ce sont les loges maçonniques du monde entier ; je ne connais pas le lobby juif[3], mais l’action souterraine des maçons d’obédiences diverses, des fils de la veuve, j’y crois sérieusement. Vous savez que dans nos démocraties modernes, le pouvoir n’est exercé qu’apparemment par des majorités de passage et leurs guignols officiels. Ceux qui gouvernent, ce sont les groupes de pression, les pouvoirs occultes issus des mêmes obédiences. Je vous renvoie à Charles Maurras pour la démonstration. Donc, si ces groupent veulent la guerre, ils l’obtiendront. […] C’est Satan qui mène le bal. […] Quoiqu’il en soit, si un conflit éclate, il faudra non seulement faire notre devoir mais grouper nos énergies pour assurer la victoire commune : le nazisme n’est pas seulement notre ennemi militaire, c’est aussi l’anticivilisation [4]».

Epstein remarque alors un fait, un phénomène que son ouvrage tend justement à expliquer. Il poursuit :

« Ce discours […] met en œuvre deux rhétoriques distinctes, voire contraires : l’une, antimaçonnique, antijuive, anticommuniste, est typique des milieux cagoulards dont Dungler est issu ; l’autre, antigermanique et antinazie, est annonciatrice de la Résistance à venir… »

Certes. Toutefois, l’expression de Dungler relève largement du maurrassisme orthodoxe, et paradoxalement, puisque Maurras s’engagera dans le soutien au Maréchal, bien que persistant un sérieux antigermanisme sous Vichy, que lui rendaient bien les diplomates allemands à Paris. En effet, il suivait en cela la doctrine de Maurras, qui dans l’Action Française en 1936, dénonçait à nouveau le racisme, mais aussi le nazisme, non seulement par antigermanisme, mais parce qu’il y voyait l’expression brutale et anticivilisationnelle d’une doctrine de décadents.

Il faut comprendre que l’Action Française, qui était suivie par des milliers de sympathisants à Strasbourg, se faisait une mission de veiller en Alsace, à la promotion du patriotisme et de la re-francisation.

En outre, si Dungler mène un réel combat de résistance : transmission d’informations, aide aux prisonniers, aide aux alsaciens et mosellans fuyant la conscription obligatoire, il est initialement un résistant de tendance maréchaliste, et nous entrons là dans des complexités historiques bien connues des spécialistes, mais peu éclairées dans les débats courants. Effectivement, sa position géographique stratégique, ainsi que ses relations avec des officiers et civils allemands conspirant contre Hitler, confère à Dungler un rôle clef dans le domaine des renseignements inter-résistants.

Les liaisons avec les conspirateurs allemands s’expliquent peut être par la forte catholicité de Dungler, une foi dont le nazisme est précisément l’anticivilisation que craignent ses contacts. A l’hiver 1940, il est ainsi l’un des premiers français à apprendre qu’Hitler s’apprête à attaquer son « allié » soviétique d’ici quelques mois.

S’étant brièvement intéressé à la Cagoule (C.S.A.R), Dungler y a conservé de nombreuses relations, dont le Docteur Menetrel ou Gabriel Jeantet,  qui lui permettent bientôt de rencontrer le Maréchal Pétain en personne. Menetrel était le médecin personnel de Pétain et l’un de ses plus proches confidents. Jeantet était un catholique royaliste de la même génération que Dungler, qui avait longtemps milité à l’Action française avant de passer à la Cagoule après l’échec de février 1934, il est chargé de mission au cabinet du Maréchal et sera l’un des parrains de Mitterrand pour l’obtention de sa fameuse francisque.

Il faudrait ici noter qu’à ce moment-là, les américains et ce jusqu’en 1942, sont en bonne relation avec Vichy et réfléchissent quotidiennement à la relation à adopter envers le gouvernement de l’Etat français, au sein duquel ils encouragent les éléments coopératifs, à limiter au mieux les sollicitations allemandes. En hiver 1941, Dungler rencontre finalement le Maréchal qui le reçoit personnellement. Ce dernier écoute patiemment l’alsacien lui exposer ses activités subversives contre l’allemand. Loin de le mettre aux arrêts et de le livrer, le Maréchal ordonne que l’on délivra un laisser-passer au chef de réseau Dungler, afin qu’il soit davantage libre de ses déplacements au cours de ses opérations. Cette rencontre lui confère de nouvelles responsabilités, ainsi ne tarde il pas à être mis en rapport avec l’Organisation de la résistance de l’Armée (O.R.A.) du Général Frère.

L’indépendance ou la mort.

Le financement et l’affiliation du Réseau Martial sont avant tout l’émanation des aides de la « vichysto-résistance » qui s’articule assez variablement de 1940 à 1943, et qui se placera progressivement en rapport avec les autres mouvements de résistance intérieure,  de l’Armée, d’Alger ou de Londres. Par ailleurs, si Dungler déclarera que le Maréchal aura continuellement financé ses actions jusqu’à sa déportation en 1944, Jean-Pierre Spenlé nous indique que Londres finançait également le Réseau martial, lequel avait des liaisons tout à fait régulière avec la France libre, notamment dans le cadre de transmissions d’informations. En effet, retranchés hors d’Alsace dans les environs de Lyon (Couzons-au-Mont-d’Or), Paul Dungler et son compagnon Marcel Kieber créent avec le lieutenant Laurent, le Comité Directeur de la Résistance alsacienne, qui fait liaison entre Londres et le réseau Confrérie-Notre-Dame.

« Homologué par Londres qui lui alloua un crédit mensuel de 2 millions de francs pour l’exécution de sa mission, il comptait de nombreux agents en Alsace et effectuait des missions d’espionnage. »

En vérité, l’action de Dungler et de sa 7e Colonne demeurera dans une constante originale et qui explique d’une part sa longévité, d’autre part sa probité :

Dungler en effet, entendait construire son groupe sur un idéal de rassemblement des bonnes volontés patriotes et antiallemandes, et bien que lui-même royaliste, il semble avoir mené son groupe dans le cadre d’une forte laïcité politique, considérant que les querelles idéologiques ne pouvaient que nuire à l’effort contre l’occupation et la domination nazie en France et en Alsace. Pour cela, Dungler exigeait de son groupe, un mystère des plus absolus et une prudence extrême à la moindre relation. Jean-Pierre Spenlé indique encore :

« Cette organisation de résistance fut l’une des seules à ne jamais être démantelée par l’ennemi grâce à Julien Dungler (le frère de Paul, ndlr) qui était un officier de renseignements, capable de cloisonner un réseau de manière efficace. »

Si Dungler se brouillera plus tard avec de Gaulle et les réseaux de renseignement à Londres, c’est qu’il persistera longtemps à tenir secrète l’identité de ses camarades et à refuser de se plier au commandement que voulait lui imposer de Gaulle. Mais bien que maréchaliste, il observera une attitude assez similaire à l’égard de Vichy. Son crédo à vrai dire, reste l’indépendance dans la Résistance. Pas question d’être l’outil, l’idiot utile de quelque politique que ce soit. A Jeantet, qui le questionne sur ses intentions d’allégeances, il répond :

« Ni à l’un, ni à l’autre ! Je ne choisis pas un camp dans une conjoncture aussi fragile et aussi mouvementée. Le Maréchal sera-t-il encore au pouvoir dans un ou deux ans ? Sera-t-il même encore vivant ? Quant au général DE GAULLE, que représente-t-il ? Qui gagnera la bataille d’Angleterre qui n’est pas commencée ? Mon objectif et celui de mes amis est limité à l’Alsace. […] Nous ne voulons plus d’une ingérence dans nos affaires d’un pouvoir central conditionné par ses propres égoïsmes ! Bien entendu nous restons soucieux du sort de la France et nous apporteront notre appui aux vrais nationaux, où qu’ils se situent, à Londres ou à Vichy. Mais nous voulons garder notre liberté d’action. Nous faisons confiance au Maréchal PETAIN, mais nous craignons Pierre LAVAL, un suppôt de BRIAND allié aux socialistes allemands. Notre fidélité au gouvernement de Vichy sera toujours fonction de sa politique. Coopération possible même nécessaire, avec ceux qui œuvreront pour la sauvegarde du pays, mais pas acte d’allégeance. [..] C’est vrai aussi pour Londres, J’ai été à bonne école pour savoir que les Anglais, il faut s’en méfier … Aujourd’hui, ils ont besoin de nous, mais demain ? J’y ai envoyé là-bas un ami prendre contact avec les hommes de DE GAULLE. On avisera s’il y a une réponse. Ce général n’aurait pas bonne réputation, c’est un politique plus qu’un homme de terrain. »

Enfin, si le Maréchal n’avait que faiblement protesté contre l’annexion unilatérale de l’Alsace-Moselle, comment examiner son jeu vis-à-vis de Dungler ? L’utilisait-il pour en quelque sorte, se venger des nazis qui avaient annexés les deux provinces sans que le gouvernement ou surtout l’Armée déconfite n’aient eu un mot à dire ? Peut-être. Quoiqu’il en soit,  Dungler attachait une grande importance à maintenir une présence résistante active en Alsace-Moselle, afin de faire pièce à la regermanisation.

Leur première rencontre du 23 février 1941 est avant tout l’occasion pour le Maréchal, qui se fait remettre le fameux « Rapport Dungler sur l’Alsace »,  de permettre au patron de « PME » de bénéficier d’une relative liberté de circulation (alors qu’il est recherché par la Gestapo), grâce à la délivrance d’un titre croquignolesque et purement fictif, mais officiel : « inspecteur général des plantations de genets ».  Dungler, loin de se décontenancer devant le vieux Maréchal,  annonce les activités de son réseau et plaide la cause alsacienne de façon virulente. Ce à quoi répond Pétain :

« Trêve de plaisanteries, Monsieur. Je vois que j’ai affaire à un Alsacien de la vieille école à qui l’on peut faire confiance. Non seulement j’approuve ce que vous faites mais je dirai même plus : si vous n’existiez pas, il faudrait vous inventer. » A partir de là, le Maréchal veilla en secret et de façon continue (jusqu’à la déportation de Dungler en 1944) au bon financement de la 7e Colonne dans ses activités occultes.

Le principal souci de Dungler est d’entretenir des contacts sécurisés avec les factions les plus sûres possibles de la Résistance. C’est avec l’O.R.A. qu’il entretien d’abord ces relations, en coordination initiale avec le 2e bureau de Vichy, lequel avait été impliqué dans la création de l’Organisation de Résistance de l’Armée.

Si Dungler et sa « 7e Colonne » se spécialisent avant tout dans le renseignement et l’exfiltration de soldats français évadés des camps allemands ou plus tard de jeunes malgré-nous en fuite, ou encore de juifs, ils participent ainsi à des opérations de très grande ampleur, comme la réalisation de l’évasion du Général Giraud de Königstein en Saxe, le 17 avril 1942. Ce dernier en conséquence, passera par la Suisse et par l’Alsace avant de rejoindre Vichy, aidé en cela par l’expertise des hommes du Réseau Martial, dont quelques-uns d’entre eux paieront de leur liberté et de leur vie, les quelques « éclats » de Giraud lors de l’escapade, ce qui aura pour effet de faire naitre une haine tenace de Dungler envers le maladroit général. Parmi les disparus de cette opération : le curé Stamm de Liebsdorf et René Ortlieb. Rappelons aussi qu’une vingtaine de membres de la famille Giraud seront envoyés en déportation à la suite de cet affront.

Dans le même temps, Dungler continue son activité ultra souterraine en zone libre et excelle dans son domaine, aidé de nombreux alliés restés en Alsace, dont le dirigeant du Réseau Martial Paul Winter, industriel de Bourtzwiller, ancien de l’Action Française ou par d’autres compagnons ou contacts en place dans d’autres villes françaises de la zone Sud. Il finit par entrer en contact avec le réseau Combat par l’entremise de son fondateur Henri Frenay, lui aussi issu de la jeunesse royaliste et nationaliste des années 1920-1930. Ce dernier, personnage original, s’inquiète à partir des années 1930 des dangers du nazisme grâce à son amie Berty Albrecht, et ceci dans une certaine conformité à l’esprit intellectuel de l’AF orthodoxe.

Frenay et Albrecht formeront le Mouvement de Libération Nationale, premier mouvement de résistances intérieures opérationnelles en Aout 1940, quelques jours avant la formation concrète du réseau Martial[5]. A moins que ce ne soit le réseau Martial qui soit le premier réseau de résistance française de l’Histoire, puisque Jean Eschbach, lui-même fils de Jean Eschbach, cofondateur du réseau, situe sa création effective à la fin Juin 1940, lors d’une réunion dans le Périgord chez les célèbres compagnons Paul Armbuster, Jean Eschbach et l’abbé de Dartein, qui sera l’un des premiers royalistes à rallier de Gaulle. D’autres sources parlent du 25 Aout 1940, dont les cofondateurs du réseau eux-mêmes, le prêtre catholique de Strasbourg Pierre Bockel et Marcel Kibler, ingénieur textile à Thann et ancien de l’Action Française. Quant au jeune malgré-nous évadé, résistant alsacien et ancien des Groupes Mobiles d’Alsace Jean-Pierre Spenlé, il situe la formation du groupe au 6 octobre 1940, dans l’usine du Breuil à Saint-Amarin[6].

Marcel Kibler dit « Commandant Marceau », peu après la guerre (archives privées).

Lui-même issu du Deuxième Bureau de l’Armée à Vichy, Frenay fonde le réseau « Combat » à la fin de l’année 1941 et prend une ampleur considérable dans la résistance intérieure. Frenay aurait proposé à Dungler et son Réseau Martial de rejoindre le rassemblement de « Combat », en vain. Ce dernier fournira tout de même au chef de Combat une cache pendant plusieurs semaines à Lyon.

La mission d’Alger.

La seconde rencontre avec le Maréchal Pétain allait mener Dungler dans les pas des plus grands de son temps. Fort de l’expérience de son réseau, Dungler est convoqué à Vichy au début de l’année 1943. Il y reçoit la Francisque et fait ainsi partie de la même promotion que François Mitterrand. Surtout, on le missionne pour Alger (qu’il rejoindra à pied selon Bernard Roemer), où il devra se faire le malheureux porteur d’une ingrate missive, l’une pour le général Giraud, l’autre pour le général de Gaulle, lesquels sont à la tête de deux factions résistantes rivales devant lesquelles américains observent encore qui il conviendrait le mieux de supporter. Pour eux, le choix est clair, Roosevelt soutient le benêt Giraud contre le trouble de Gaulle.

Ce dernier rejette par ailleurs, la demande de réconciliation et de convergence des énergies envoyée par le Maréchal et transmise par Dungler. Il faut dire que dans le contexte d’Alger, les deux généraux concurrents étaient tributaires non seulement du ralliement de français derrière eux, mais aussi du parrainage des puissances alliées, au-dessus d’eux. Cette situation de division grave qui caractérise l’épisode d’Alger – ainsi que d’autres entre 1940 et 1943, ne permet aucune possibilité d’accord entre de Gaulle et Giraud, ce dernier étant un naïf notoire en politique. Si de Gaulle prendra l’avantage, Dungler se trouvera dans une situation très peu confortable. Il se fâche sérieusement avec le Général, en refusant de se placer sous l’autorité du C.N.R., tandis qu’en réalisant la médiocrité politique de Giraud, il est profondément déçu par ces batailles d’influences entre hauts responsables.

Le passage de Dungler à Alger entre 1943 et 1944 sera encore davantage troublé par la compétition intense entre gaullistes et giraudistes. Alors que l’Organisation de la Résistance Armée finit par se joindre à de Gaulle en Octobre 1943, Dungler n’entend toujours pas se placer lui et son réseau, sous l’autorité du Comité Français de Libération Nationale. Cette attitude farouchement indépendantiste lui vaut alors une certaine inimité de la part des majoritaires, qui le soupçonnent de rester fidèle à Giraud, pourtant déjà neutralisé. Néanmoins, Dungler n’oublie pas ce pourquoi il se bat depuis le début, la sauvegarde des provinces d’Alsace-Moselle : il formule des demandes auprès des responsables militaires gaullistes pour convenir du calendrier des opérations de libération de l’Alsace à l’aide des forces alliées. Son souhait est surtout d’obtenir une libération rapide de ces régions.

A Alger, les américains sont déjà impliqués dans la plupart des tractations, jusqu’aux plus secrètes, et Dungler, qui s’est déjà fait remarquer fin 1940 pour avoir transmis l’information sur l’attaque allemande contre l’URSS, ne manque pas d’être contacté par les américains (notamment l’ambassadeur Pinkney Tuck), qui lui offrent de travailler pour les services des affaires étrangères au poste de conseiller du président Roosevelt pour les affaires allemandes, proposition alléchante qu’il décline sainement par patriotisme intégral. Il est également approché par le Général Revers, qui le sollicite afin que Dungler mette l’officier américain et l’OSS en relation avec l’Abwehr (le contre-espionnage allemand, rival des services des SS de Himmler et conspirant contre Hitler). En effet, les possibilités à cette époque étaient encore à un éventuel renversement d’Hitler au profit d’un nouvel armistice occidental permettant la neutralité pour la France, et une lutte commune contre le communisme et Dungler, comme nous l’avons vu, entretenait des relations anciennes avec des officiers allemands conspirant secrètement contre Hitler.

Cette mission offrait aussi une possibilité à Dungler de regagner la métropole. De Gaulle avait fort mal pris l’intransigeance et l’insubordination du précieux Dungler, et dans un contexte périlleux d’influences et décisif pour le leadership français, s’en méfiait d’autant plus que Dungler paraissait trop proche de Giraud. On retiendra alors que Dungler manqua de demeurer assigné à résidence à Alger par les gaullistes, et il réchappa même d’un attentat la même année dans la colonie française. C’est l’OSS qui se chargea alors d’organiser l’exfiltration de Dungler vers la France, avec la collaboration de proches de Giraud. C’est ainsi qu’il sera parachuté avec succès le 8 janvier 1944 dans les environs de Besse-en-Chandesse dans le Puy-de-Dôme. Hélas, cette mission de barbouzerie à hauts risques, lui sera fatale. Il se rend à Nice fin janvier, où il doit rencontrer deux agents de l’Abwehr, lors d’un rendez-vous organisé par Jeantet et un certain comte Couitéas de Faucamberge. Las, Himmler, qui se méfiait de plus en plus du contre-espionnage, fit capoter l’entrevue en envoyant deux de ses agents aux trousses de ceux de l’Abwehr. Jeantet s’en tira et regagna Vichy, tandis que Dungler est placé en résidence surveillée avant d’être envoyé dans un camp tchécoslovaque, à Eisenberg où il y retrouvera…le Docteur Menetrel, le médecin personnel du Maréchal.

Il avait tout de même eu le temps en quelques jours de liberté qui lui restaient entre le parachutage et Nice, de contribuer encore à ce à quoi il avait déjà travaillé avant de partir pour Alger et qui prendra la suite armée de la 7e Colonne : les Groupes Mobiles d’Alsace, formés entre novembre 1942 et novembre 1943, d’alsaciens toujours réfugiés en zone libre. Elle se subdivise alors en GMA-Sud pour les alsaciens réfugiés en Dordogne et dans le sud-ouest, en GMA-Vosges pour les groupes de d’Ornant et de Kibler et en GMA-Suisse, pour le commandant Georges. Ces groupes, dont la section « Sud » deviendra la Brigade d’Alsace Lorraine en Septembre 1944, sont tous initiés à la base par des cadres du réseau Martial.

Les chefs de la Résistance Alsacienne en réunion à l’été 1944 au Châlet Grosskost : MM. FOEHR, KIEFER, ESCHBACH, FREISS et KIEBLER

Malgré la déportation du charismatique Dungler, le réseau continue à s’activer et ses cadres historiques, le prêtre Bockel, Germain Muller, Marcel Kieber, Bernard Metz et bien d’autres, commandés par ailleurs par le Colonel Berger alias André Malraux, lequel déléguera dans les fait le commandement au lieutenant-colonel Jacquot.  Cette « brigade des pouilleux », également nommée « brigade très chrétienne », s’illustrera néanmoins dans d’épiques combats dans les Vosges et notamment à Dannemarie et à Strasbourg. C’est aussi à cette brigade que l’on doit le sauvetage du Retable d’Issenheim, l’un des plus estimables joyaux de la culture chrétienne d’Alsace, caché par les nazis au Château du Haut-Koenigsbourg.

A partir de début Juin 1944, le Comité directeur de la résistance alsacienne se prépare au débarquement annoncé par Londres. C’est alors que les chefs historiques de la 7e Colonne Kibler et Eschbach vont retrouver les responsables FFI Alsace au chalet Grosskost le 17 juin. Une seconde réunion du 26 Juillet 1944 fait incorporer les chefs de la 7e Colonne aux postes de commandements des FFI Alsace-Moselle. Ensemble, ils se tiennent prêts l’offensive finale qui les couvrira de gloire, mais qui coutera également des centaines de vies à ces groupes.

Quant à Dungler, il finit par être libéré le 7 mai 1945. Il rentre en France dans un anonymat relatif, non sans avoir été brièvement inquiété semble-il, lors de l’épuration. Lui, le « commandant Martial », qui avait délaissé entièrement son industrie florissante pour se consacrer au salut de la Nation et au combat contre l’envahisseur. Pierre Pujo affirme que Jacques Soustelle l’aurait même empêché de témoigner au procès du Maréchal, l’empêchant ainsi de faire la preuve qu’il y a aussi eu un soutien réel et précoce de la part de ce dernier envers certaines filières de la résistance liées à l’Armée ou à l’administration. Dungler ira néanmoins témoigner au procès du Docteur Menetrel, avant de retourner en Alsace, dans un certain anonymat.

Paul Joseph Dungler en 1939

Décédé en Aout 1974 à Colmar, il sera célébré dans le très beau livre que consacre Jean Eschbach à la mémoire de cette section mythique, l’une des toutes premières cellules autonomes de résistance française, née autour de quelques alsaciens le plus souvent catholiques et royalistes, prêts à tout sacrifier pour s’engager pour la patrie. Aujourd’hui largement connu par les historiens sérieux et conséquents, son histoire et celle de la 7e Colonne sont relayées sur un certain nombre de sites sur l’internet et évoquées dans un certain nombre d’ouvrages.

Hélas, cette histoire incroyable et passionnante est assez peu enseignée et peu connue des jeunes générations alsaciennes. Nous avions évoqué l’épopée tragique et glorieuse des garnements-résistants de la Main Noire, nous avons ici retracé la trajectoire de l’un des tous premiers cercles de résistance intérieure en France, mais il nous restera encore dans un prochain épisode explorant les destinées de ces alsaciens « inconnus », à vous présenter d’autres mouvements de résistance, tels le Bareiss, mouvement de résistance dans le Bas-Rhin, qui à  l’instar de la Main Noire aura une courte existence et un sort funeste. En Janvier 1941, le Docteur Bareiss, rentré du régiment de Strasbourg établi en Dordogne, fomente un noyau de résistance à partir de Wissembourg en collaboration avec Paul Widmann et prend contact avec les autres organisations régionales (Jeunesse alsacienne ou 7e Colonne). Ce réseau Bareiss sera largement atteint au printemps 1942 et décimé par de nombreuses arrestations.

Nous avons aussi évoqué brièvement Paul Armbruster, l’un des tous premiers jeunes alsaciens à lancer l’Action Française à Strasbourg dès 1923 en compagnie de Jean Eschbach. Proche de l’Abbé de Dartein, lui-même lié à la famille de Gail dans le Bas-Rhin, il s’établit quelques temps au Gabastou en Dordogne où il a été évacué avec sa famille et d’où il anime des cercles de résistance et est en contact avec Louis de la Bardonnie dès l’automne 1940.

Nous n’oublions pas plus les autres chefs de la 7e Colonne, dont le parcours sera aussi à faire connaitre aux jeunes générations : Paul Winter, Marcel Kibler, Jean Eschbach, Julien Dungler, le Prêtre Bockel ou d’autres anciens des Brigades Alsace Lorraine : Bernard Metz,  Antoine Diener-Ancel, Louis Haeringer, Emile Baas, Camille Clauss, Etienne Juillard.

Guillaume de Hazel

Bibliographie

· DUNGLER Paul, L’Enfant du rire, préface d’André Malraux, 204 p, Grasset, Paris 1973. Réédité en 1991. (ISBN 9782246003526)

ESCHBACH Jean, Au cœur de la Résistance alsacienne. Le combat de Paul Dungler, Jérôme Do Bentzinger éditeur, 2003. (ISBN 2846290687)

REUMAUX Bernard, Qui était Paul Dungler ? Enquête sur le premier résistant alsacien, Saisons d’Alsace n° 114, pp 219/227. Ed. La Nuée Bleue, Strasbourg, hiver 1991-1992. (ISBN 0000489018)

GRANIER, Jacques, Un général à disparu, Paris, Presses de la Cité,1971.

GIRAUD, Henri, Mes évasions, Paris, Julliard, 1946.


[1] A partir notamment de l’invasion de la Rhénanie toute proche en Mars 1936, Dungler s’alarme de plus en plus de la situation alsacienne et française. Il est également en relations commerciales avec des industriels allemands, ce qui lui permet de constater la progressive emprise nazie sur la société d’outre-Rhin.

[2] Dès fin Juin 1940 selon Jean Eschbach, dès Septembre selon Epstein. L’affirmation d’Eschbach est la plus probante. Rappelons que Dungler organisait déjà des réunions en 1939 avec ses camarades en prévoyant déjà la lutte à venir.

[3] Intéressant : Simon Epstein indique en bas de page que ce terme exact, « lobby juif », n’était pas usité à l’époque. Dungler en serait alors le premier utilisateur.

[4] EPSTEIN Simon, « Un Paradoxe français, antiracistes dans la collaboration, antisémites dans la résistance » Paris, Albin Michel, 2008, coll. « Histoire », p.405.

[6] SPENLE Jean-Pierre, Une page de la résistance en Alsace : les Groupes mobiles d’Alsace, mars 2003, http://www.crdp-strasbourg.fr/data/histoire/alsace-39-45b/temoignage_gma.php?parent=11

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