Discours de géopolitique de Paul Dungler en Juin 1939

« Chers amis, chers compagnons de lutte. Je ne vous ai pas seulement réunis ce soir pour vous faire gouter ce Riesling de la cuvée « Munich ». Malgré des auspices aussi lâches, le terroir, notre beau terroir, vous pouvez le constater, a dépouillé le cru de ses impuretés d’origine et le vin qui va jouer avec la lumière dans vos verres, aura pour vos palais, la fraicheur de l’espérance retrouvée. Oui, de l’espérance, car les choses vont changer désormais, même si des prochaines vendanges risquent de sortir un breuvage amer. Il y a un ou deux mois, j’avais dit, à propos de la dernière annexion allemande : « Un matin, nous apprendrons par la presse l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine, acceptée en Conseil des Ministres, pour satisfaire au désir des populations exprimé par Adolphe Hitler. » L’histoire a fait le tour du pays. Ce n’était pas entièrement une boutade et restait dans l’ordre du possible.  Mais aujourd’hui, si j’en crois les rumeurs de chancellerie et des informations qui courent dans les arcanes secrètes du pouvoir, les choses ne se passeraient pas ainsi. A vous, je peux vous donner, confidentiellement, une de mes sources : Mr. Joseph Kennedy, ambassadeur des Etats-Unis à Londres, (le père du futur et premier président catholique des Etats-Unis qui sera plus tard assassiné) a confié à une de mes connaissances (probablement son frère Julien Dungler qui avait beaucoup d’entrées diplomatiques) : « Chamberlain m’a affirmé que l’Amérique et les juifs du monde entier vont pousser l’Angleterre et ka France de force dans la guerre ».

Avant de faire un peu d’exégèse sur cette déclaration lapidaire, je voudrais aller au bout de mes informations et commenter ensuite le tout. On parle beaucoup dans les milieux influents, dans les hautes sphères gouvernementales, de l’instauration d’une « croisade des démocraties » lancée par ceux qui craignent la désaffection des populations écœurées des idées de 1789. De larges secteurs de l’opinion deviennent allergiques à la démocratie où règnent le fric et la concussion. La montée des « fascistes » allemands, italiens, espagnols et aussi portugais, risque d’être contagieuse et présente un danger pour ces « conjurés » car conjurés il y a, ils ne sont pas toujours chez « nous » (il parle des royalistes et des cagoulards alsaciens présents).

DUNGLER

Je vais être plus clair : l’Amérique, les juifs, les milieux influents, ce sont les loges maçonniques du monde entier ; je ne connais pas le lobby juif, mais l’action souterraine des maçons d’obédiences diverses, des fils de la veuve, j’y crois sérieusement. Vous savez que dans nos démocraties modernes, le pouvoir n’est exercé qu’apparemment par des majorités de passage et leurs guignols officiels. Ceux qui gouvernent, ce sont les groupes de pression, les pouvoirs occultes issus des mêmes obédiences. Je vous renvoie à Charles Maurras pour la démonstration. Donc, si ces groupes veulent désormais la guerre, ils l’obtiendront. Et leur « croisade des démocraties » visera les quatre pays considérés fascistes par eux dans un affreux et douteux amalgame. Mais avant de démystifier cet amalgame et de tirer non conclusions, une question plus grave à laquelle vous n’avez peut-être pas pensé s’est posée pour moi : les quatre despotes non éclairés qui seront demain la cible des démocraties éclairées, sont-ils bien les seuls dictateurs de la planète ? Et le petit père Staline ? Qui trempe inlassablement ses bras dans le sang russe aux yeux et au su de tous ? Quoi ! Il n’y aurait pas un maçon dans le monde, avec la générosité humaine, l’esprit de solidarité, qui, prétendent-ils, les motivent, qui aurait voulu aligner Staline à côté d’Hitler, de Mussolini, de Franco et de Salazar ? Non, pas un seul.

Alors pourquoi ? Pourquoi : je vais vous le dire : c’est une conclusion logique, irréfutable, dramatique. Parce que les marxistes contrôlent étroitement toutes les sociétés de pensée. Quoiqu’il arrive, c’est Satan qui mène le bal (remous divers dans la salle). Oui, Satan connait Fatima : des échos de révélation pas très rassurants nous parviennent du Portugal. Attendons. Ceci ne dépend pas de nous. Ce qu’on peut deviner, c’est que la Russie marxiste choisira son camp. Bainville l’a, je crois, prédit aussi, et ce camp sera toujours celui du vainqueur choisi par l’Enfer. Vous ne me croyez pas encore : je vais vous lire une directive de Staline à ses réseaux qui date de deux mois et que m’ont communiqué les Services de Renseignements.

« La reprise d’une action internationale d’envergure ne sera possible que si nous réussissons à exploiter les antagonismes entre les Etats capitalistes pour les précipiter dans une lutte armée. Le travail principal de nos partis communistes doit consister à faciliter un pareil conflit. »

Brusquement, conscient de certains périls, les meneurs souterrains vont vouloir axer le combat contre l’ennemi commun des démocraties, le « fascisme ». En tête, ils placent le Nazisme avec Hitler. Ils ont mis du temps à découvrir sa nuisance ! Nous, il y a dix ans (à l’Action Française) que nous mettons les dirigeants du pays en garde contre eux. En 1936, on pouvait écraser dans l’œuf leurs velléités. Ce sont les boutefeux de demain qui étaient les pacifistes d’hier ! Quoiqu’il en soit, si un conflit éclate, il faudra non seulement faire notre devoir, mais grouper nos énergies pour assurer la victoire commune : le nazisme n’est pas seulement notre ennemi militaire, c’est aussi l’anti-civilisation. Et en outre, Hitler a une aversion, un mépris pour la France, s’il garde, curieusement, des sympathies pour l’Angleterre. A côté, ils placent Mussolini : en cas de guerre, celui-ci se rangera à côté d’Hitler. Tant pis pour lui, il subira les conséquences. Comme le nazisme, le fascisme italien est né du socialisme, il devra périr bien que ses réalisations ne soient de loin pas aussi néfastes…En attendant la victoire du clan occidental n’est pas si évidente. La ligne Maginot tiendra-t-elle ? Et en outre, nous ne sommes pas prêts, car notre armée et celle de l’Angleterre ne sont pas au point. N’oubliez pas cette vieille loi des démocraties que Georges Mandel a déjà cyniquement rappelée : « Les démocraties ne préparent jamais les guerres que lorsqu’elles les ont déclarées. Il faut commencer par déclarer la guerre. »

Je glisserai rapidement sur le cas Franco. Son régime n’a rien de fasciste, ni de nazi. C’est un défenseur de la Chrétienté que le pape Pie XI a béni. Il sort d’une guerre civile effroyable qui a laissé son pays exsangue. J’espère pour lui qu’il pourra rester en dehors des luttes titanesques qui peuvent surgir demain. Une importante tâche de paix de d’ordre l’attend. Et notre ami Salazar ! Le sage de l’Europe. D’abord, le Portugal est une démocratie réelle, Salazar a été élu comme son Président de la République. Il ne se dérobe pas à chaque échéance électorale. Le peuple lui redonne spontanément sa confiance. C’est un phénomène extraordinaire qu’il faudra étudier, si un jour on a l’heureux bonheur d’avoir à refaire la France. Salazar, c’est une doctrine en action ! Et je ne crois pas qu’il soit menacé tant qu’il gardera son alliance anglaise : Salazar sait que cette alliance est nécessaire pour la Grande Bretagne et qu’elle ne cessera que lorsqu’il n’y aura plus d’empire britannique, ni d’insularité pour les anglais. Il faudrait un vrai cataclysme.[…] Le soutien au Portugal avec ses colonies (les iles et les ports) et une constante de la politique britannique. […] Si je peux maintenant me résumer, deux causes différentes semblent motiver aujourd’hui cette croisade des démocraties en cours de formation. Vis-à-vis d’Hitler et de Mussolini, la peur. Vis-à-vis de Franco et de Salazar, la haine, une haine qui fait peur. Voilà ce que je voulais vous dire ce soir. Vous avez les clés de la situation, vous n’avez pas celles de l’avenir. Moi non plus. »

NOTE DE LA REDACTION :

Ceci est la reproduction du discours de Paul Dungler, chef de l’Action Française alsacienne et futur chef de la résistance royaliste d’Alsace, pronconcé en Juin 1939 à Thann, devant une trentaine d’amis et de sympathisants, « cadres, patrons, propriétaires terriens, hommes politiques », dont le Sénateur Jules Scheurer et ses futurs compagnons de résistance, les royalistes alsaciens Paul Winter et Marcel Kibler. Cette réunion discrète, tenue dans les locaux de l’usine familiale de la famille Dungler, sera une étape essentielle de la mise en place de la future 7e Colonne d’Alsace, l’un des tous premiers maquis de la résistance intérieure française.»

Ces extraits sont reproduits dans le livre de Jean Eschbach fils, « La résistance alsacienne : le combat de Paul Dungler » (2003, éditions Jérôme Do Betzinger)

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