Architecture néo-classique et béton : l’exemple de l’église orthodoxe russe de Strasbourg

Sur les quais du quartier des Quinze à Strasbourg, une église orthodoxe russe est en cours de construction. Non mais franchement, regardez-moi ce chantier : rien que le gros-œuvre des parois de bétons est infiniment plus beau que 95% des constructions réalisées ces vingt dernières années à Strasbourg. Rien que ces quelques blocs de béton, même laissés tels quels, en plan, sont environ 10000 fois plus beaux et agréables à la vue que les bâtiments dégueulasses dont Fabienne Keller et Roland Ries et leurs prédécesseurs ont couvert la ville depuis une soixantaine d’années.

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Comme quoi, il n’y a pas à se résigner. L’usage du béton est parfaitement adapté à la réalisation de bâtiments néo-classiques modernes et écologiques. Pourquoi alors, la société laisse-t-elle envahir ses espaces de cette architecture misérable et objectivement laide, de cubes et de fonctionnalisme grotesques, dont les idées n’ont aucunement évolué depuis le fasciste Corbusier ? A l’exception de quelques bâtiments qu’on a eu la décence de parer de briques rouges et de belles voûtes (Bruckhof, Axiom, etc.) la majorité des bâtiments construits ou à construire sur l’axe majeur du Strasbourg 2025, c’est à dire la vaste friche allant de la place de l’étoile au port du Rhin, sont de misérables façades de béton couvertes de peinture blanche discount ou de bardages de plastiques multicolores du plus mauvais genre, et qui seront assurément obsolètes dans moins de dix ans, s’ils ne tombent par en lambeaux avant cela.

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 Comparez simplement l’état du chantier de l’église orthodoxe avec n’importe quelle autre récente réalisation à Strasbourg. Regardez ce monstre froid qu’est la médiatèque Malraux. Regardez le gâchis de Rivétoile (pouvait-on imaginer une dénomination plus ridicule pour un projet de cette ampleur ?), regardez l’avancement des projets place d’Haguenau -vision d’horreur- ou encore l’école européenne de la Robertsau, immondice arrogant financé par le contribuable français, mais dont les cours sont réservés quasi-exclusivement aux fils et filles d’élus et de leurs valets, fonctionnaires et autres personnels parlementaire eurocratique. Le nouveau conservatoire de musique est l’ensemble le moins horrible de cette série de réalisations. Il n’en demeure pas moins un criminel gâchis de précieux grès rose et nous ne devons son existence qu’au caprice du maire socialiste Roland Ries. Comme quoi, il y a de l’argent quand on veut bien.

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A côté de tout cela, l’église orthodoxe russe est une splendide réalisation de simplicité, de modeste majesté, financée par les paroissiens et qui contribuera à embellir ce charmant et cossu quartier des Quinze. La nouvelle grande mosquée turque qui devrait prendre place à la plaine des bouchers d’ici quelques temps aura au moins le mérite de présenter une architecture néo-ottomane audacieuse et traditionaliste (beaucoup mieux que les mosquées-hangars ou les grandes mosquées islamo-républicaines à l’allure de centres socio-culturels), même si nous devons regretter la façon désordonnée et scandaleuse par laquelle les politiciens laissent établir de tels édifices ici et là à Strasbourg et en Alsace. Disons que nous ne participons pas de l’hystérie islamophobe de base des populistes plébéiens qui feraient mieux de remplir les offices du dimanche et d’exiger des églises splendides, plutôt que de chialer en permanence.

Viens vite chéri, j’ai une folle envie de m’assoir au pied de ces immeubles BBC qui m’envoient des ondes si naturelles et rassurantes pour y boire un fresh coffee au quinoa !

Viens vite chéri, j’ai une folle envie de m’assoir au pied de ces immeubles BBC qui m’envoient des ondes si naturelles et rassurantes pour y boire un fresh coffee au quinoa !

La société française n’est guère plus capable que de produire des horreurs sans nom, ses citoyens individualistes de laisser proliférer d’affreux projets architecturaux, tous plus aussi peu originaux les uns que les autres. La démocratisation de la société signifie aussi la démocratisation du mauvais goût. Le Strasbourg 2025 s’annonce assez laid et cette perspective est rageante pour tous ceux qui s’imaginaient pouvoir imposer une développement harmonieux et intelligent de l’immense potentiel des friches portuaires de l’Est de la cité (nous en reparlerons dans un autre article). D’ailleurs, la laideur architecturale semble corrélée à la pauvre attractivité économique de Strasbourg par rapport aux prétentions des communicants politiques. S’il est certain que les campagnards badois continueront à venir acheter des vêtements H&M à Rivetoile, il est tout aussi sûr que les touristes n’auront aucun intérêt à visiter cet espace sans identité, voué à la monotonie mercantile. Le plus drôle sera sans doute lorsque nous verrons s’ériger ces horribles « blacks swans » sur le quai et qui auront au moins le mérite de littéralement masquer la perspective du secteur tout entier. Les rois de l’absurde seront pris à leur propre délire. Admirez aussi le respect de l’harmonie des couleurs entre les bâtiments brique rouge de Rivétoile et Malraux, et ces espèces d’affreux bâtiments-cyborgs à peine plus originaux que les vieilles merdes de la place des Halles. Enfin bon : c’est fun, il y a des couleurs flashy trop délire qui seront assorties aux tenues des bandes de petites pisseuses qui rodent habituellement dans le secteur.

La vue du chantier de l’église orthodoxe me réjouit à chaque fois que je me promène sur le quai du bassin Dusuzeau. Cela me fait également penser qu’on ne construit plus d’églises catholiques depuis longtemps, et j’ignore si c’est une bonne chose ou pas, quand j’observe les horreurs qui ont été réalisées dans les années 1960, ces églises en béton, aux formes très noachiques, très « esprit d’Assises, qui symbolisent à merveille cette époque où la catholicité est définitivement partie en couille. Je veux dire, visez un peu cette malheureuse église Saint-Urbain, à Neudorf, côté Musau. J’éprouve toujours une grande et pénible sensation de pitié pour cette pauvre église en forme de triangle, avec ses parois de mauvais béton sale. A l’arrière du bâtiment, on semble avoir fait de grand effort pour dissimuler un calvaire à la Vierge Marie, pourtant unique signe de beauté à l’ombre de cette étrange pyramide. Inutile de vous préciser que cette malheureuse église Saint-Urbain connait une fréquentation pratiquement fantomatique dans ce quartier de plus en plus boboïde, hormis un petit groupe de trois ou quatre petites vieilles du coin.

Eglise Saint-Urbain au Neudorf. Vous n'avez pas envie de célébrer et de vibrer au son de ce magnifique clocher ? Réactionnaire ! Hormis les trois ou quatre pauvres petites vieilles qui fréquentent encore cette église pour échapper à la monotonie de leurs studios de retraitées, l’église Saint-Urbain semble subsister principalement en mettant ses locaux à disposition des groupes de danse hip-hop ou de repas d’associations immigrées. Merveille de l’évangélisation architecture Vatican II !

Eglise Saint-Urbain au Neudorf. Vous n’avez pas envie de célébrer et de vibrer au son de ce magnifique clocher ? Réactionnaire ! Hormis les trois ou quatre pauvres petites vieilles qui fréquentent encore cette église pour échapper à la monotonie de leurs studios de retraitées, l’église Saint-Urbain semble subsister principalement en mettant ses locaux à disposition des groupes de danse hip-hop ou de repas d’associations immigrées. Merveille de l’évangélisation architecture Vatican II !

 Au fait, l’église Saint-Urbain, avant, c’était ça. Nous reparlerons dans un prochain article de la destruction scandaleuse de l’ancienne rue de la Ménagerie et de ses belles petites maisons de maitre, qui ont laissé place aux affreuses et très peu écologiques « résidences » que l’on connait aujourd’hui.

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L’exemple de l’église orthodoxe pose une question à l’architecture post-moderne et va à l’encontre des croyances que les urbanistes arrogants ont instigué dans l’esprit du populaire qui s’imagine que la société du progrès et des droits de l’homme est fatalement condamnée à subir la laideur sans nom au nom de la marche inéluctable de l’histoire. En vérité, cet exemple démontre donc qu’il est tout à fait possible et urgent de concevoir un renouveau architectural néo-classique et un renouveau urbanistique écologique socialement en utilisant les atouts des techniques de construction modernes et responsables.

Moins atteints par les méfaits du relativisme en toute matière, les britanniques sont largement en avance sur nous (comme pour le cinéma et les séries télévisées historiques). Les ravages extrêmes du brutalisme « social » semble avoir provoqué une réaction tout aussi extrême dans l’intelligence anglaise qui, quoique libérale, est assez conséquemment conservatrice pour ne pas nier de façon pavlovienne les canons indubitables et naturels de l’harmonie architecturale. Ainsi, un Roger Scruton, maître de l’esthétique, a fourni une oeuvre considérable en défense de la beauté et de son importance sociale et écologique. Ainsi du très sérieux cabinet d’architecture Quinlan and Francis Terry qui réalisent de splendides travaux néo-classiques. Ainsi du toujours très distingué Prince de Galles qui soutient activement un urbanisme enraciné et traditionnel en ayant parfaitement perçu la dimension écologique et sociale d’une telle politique d’aménagement du territoire. Il a largement exposé ces idées dans son livre « une vision pour la Grande-Bretagne ». Mais ce prince ne s’est pas contenté de faire de la belle théorie. Il a mis lui-même ces idées en pratique dans le Duché de Cornouailles en confiant à l’architecte traditionnel contemporain Léon Krier le chantier de Poundbury, une petite bourgade appliquant ces principes d’écologie humaine, sociale et architecturale. Pendant ce temps, le green-capitalism des politiciens « verts » fait occuper des immeubles anciens par des immigrés, génocide les campagnes en promouvant cette escroquerie criminelle que sont les parcs éoliens (nous y reviendrons bientôt) et impose partout l’architecture la plus horrible tant qu’elle est estampillée BBC.

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Les prétendus princes français, notamment les plus prétendants et les plus fortunés, devraient prendre exemple de ces initiatives sociales et politiques réellement dignes d’un souverain, d’un vrai seigneur et d’un vrai politique, car la France des métropoles, comme la France rurale, s’enlaidit de jour en jour. Quant à l’église catholique, notre Église, elle devrait sérieusement réfléchir sur la corrélation entre l’aspect des dernières églises construite dans les années 1960-1970 et l’état de la Foi catholique elle-même.

Que les cons se mettent donc cela dans la tête : construire plus beau n’est pas une question d’argent. Comme l’a démontré l’excellent blogueur Architecture MMXII, les récents projets néo-classiques contemporains sont beaucoup moins onéreux et plus profitables économiquement et socialement que les délires modernistes dans lesquels sont déversés des centaines de millions d’argent public et d’argent mafieux.

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